Le lendemain il faillait faire un portage de cinq à six lieues pour tourner la décharge et gagner les bords du lac Saint-Sacrement, que les Sauvages appelaient Andiatarocté (lieu où le lac se ferme.) Comme on allait se mettre en marche, Mlle de Richecourt se leva comme les autres. Mais son visage était empourpré. Un instant ses yeux hagards se levèrent au ciel; puis ses jambes se dérobèrent sous le poids de son corps, et elle s'affaissa évanouie sur le sol.
—Il faut porter la vierge blanche, dit Griffe-d'Ours à Mornac et à
Vilarme.
Et il fit signe aux Sauvages de se charger des effets que portaient les deux captifs.
Un brancard fut improvisé, Jeanne installée dessus, et tous, les Iroquois leur bagage et leurs canots sur l'épaule, Mornac et Vilarme chargés de leur précieux fardeau, se mirent en marche.
Retardée par le transport de la malade la petite troupe mit deux jours à faire les quelques lieues qui les séparaient de lac Saint-Sacrement.
Pendant ce temps, saisie d'une fièvre et d'un délire ardents, Jeanne se tordit sur le brancard avec des gémissements pitoyables.
Mornac qui ne pouvait rien faire pour calmer les souffrances de la jeune fille, marchait, marchait toujours, et tout en la portant jetait sur elle des regards pleins de larmes. Par moments il lui semblait être sous le coup d'un pénible cauchemar, et il se demandait si le ciel pouvait réellement permettre que des chrétiens souffrissent de semblables calamités.
Enfin le matin de la quatrième journée, on rembarqua dans les canots qui gagnèrent en un jour l'extrémité sud-ouest du lac Saint-Sacrement. Ici se terminait le voyage par eau, mais il restait encore, sous des circonstances ordinaires, quatre longues journées de marche avant d'arriver au grand Village des Agniers.
La maladie de Mlle de Richecourt allait encore prolonger le voyage, car
Jeanne était de plus en plus faible et consumée par une fièvre intense.
Une fois leurs canots cachés sur le rivage de la terre ferme, les Iroquois reprirent leur bagage sur leurs épaules et s'engagèrent dans un sentier assez bien tracé qui aboutissait loin devant eux à la bourgade d'Agnié.