Un soldat de ligne qui s'était approché, fend les rangs des miliciens et frappe de toutes ses forces du plat de la main sur la partie enflammée.

--Ah! ah! ah! fait Saucier en poussant de pitoyables gémissements à chacun des coups vigoureux que le malin soldat lui donne à dessein.

--Allons! mon vieux, laissez-vous faire, dit le militaire; sans quoi vous allez être incendié.

--Oh! je vais mourir!.....Je me.....meurs, crie le cuisinier d'une voix plaintive.

--Non, non, père, vous n'en mourrez point, repart le soldat, qui vient enfin d'arrêter l'action dévorante du feu. Vous en serez quitte pour ne point vous asseoir sur la dure pendant trois semaines. Ne craignez rien, mon brave, le cœur est loin!

Pendant ce temps, Boisdon ahuri regarde tantôt son mousquet, qu'il a laissé tomber à terre dans le premier moment de la surprise, et tantôt son ami qu'il vient de blesser si gauchement.

On fait un brancard sur lequel Saucier gémissant est transporté au château.

--Est-ce parce que je te dois dix écus, scélérat, que tu as voulu m'assassiner! dit à Boisdon Saucier qu'on emmène.

--Chacun à son poste, commande le capitaine instructeur... Serrez vos rangs!... Et vous, numéro treize de serre-file, vous n'êtes qu'une bête! Vous feriez mieux d'aller retrouver vos cruches, broc à vin!

Et voilà comment Boisdon fit ses premières armes.