CHAPITRE IX
CANONNADE ET BATAILLE.
Le plan de l'amiral anglais était de faire débarquer sur le rivage de Beauport quinze cents hommes qui devaient ensuite traverser la rivière Saint-Charles sur des chaloupes, et puis marcher contre la ville. Pendant ce temps, quelques vaisseaux s'avanceraient vers la place et feraient mine de la tourner pour simuler un débarquement à Sillery. Alors, les quinze cents hommes du major Whalley, commandant des troupes anglaises, s'élanceraient sur la ville, du côté de la rivière; une fois sur la hauteur, ils mettraient le feu à une maison, signal qu'on reconnaîtrait de la flotte en débarquant à la basse ville deux cents hommes qui s'ouvriraient un passage du port à la ville haute. Les assiégés, ainsi pris entre deux feux, ne sauraient où porter leurs coups, tandis que les deux détachements anglais se rejoindraient dans la place et cerneraient les habitants.
Mais la précipitation et l'inconséquence de l'amiral, ainsi que la vigoureuse résistance que rencontra Whalley, mirent ces projets à néant.
M. de Frontenac n'avait pas le dessein d'empêcher l'ennemi de prendre position sur terre. Il n'était décidé qu'à inquiéter, par quelque escarmouche, le débarquement des troupes anglaises pour les engager à se transporter de ce côté-ci de la rivière Saint-Charles, où il aurait donné contre elles avec ses forces, alors que la marée haute eût enlevé toute chance de fuite aux ennemis. De la sorte, ceux qui auraient échappé aux balles françaises n'auraient guère pu se préserver d'un bain forcé non moins dangereux.
Aussi le gouverneur n'envoya-t-il à leur rencontre, lorsqu'ils prirent pied à la Canardière, le 18 octobre, que trois cents hommes choisis parmi les troupes de Montréal et commandés par M. de Longueuil.
Du côté de Beauport, M. Juchereau de Saint-Denis, le seigneur du lieu, devait inquiéter les Anglais avec les soixante miliciens, ses censitaires, que, malgré son grand âge, il dirigeait en personne.
Nous verrons bientôt comment le major Whalley fut reçu avec ces quinze cents hommes par les trois cent soixante Canadiens. Suivons pour le moment cinq gros vaisseaux anglais, qui, l'amiral en tête, s'avancent formidables vers la ville.
Il pouvait être deux heures de l'après-midi lorsqu'ils jetèrent l'ancre pour s'embosser devant Québec.