Suivirent quelques minutes, employées à carguer les voiles. Et, soudain, d'innombrables éclairs jaillirent des sabords, comme autant de longs serpents de feu.
Au même instant, nos remparts et nos quais se couvrirent à leur tour de flamme et de fumée, tandis que de formidables détonations s'entre-choquaient dans l'air qu'elles faisaient vibrer d'un fracas terrible.
Alors une scène splendide anima la ville et la vallée de la rivière Saint-Charles.
C'était par une de ces belles journées d'automne où la saison du vent et de la pluie semble suspendre ses rigueurs comme pour nous faire souvenir de l'été qui n'est plus, et nous permettre d'oublier un moment les jours froids et sombres trop prompts à paraître.
Le ciel était pur et bleu, à l'exception d'une teinte purpurine et vineuse qui frangeait l'horizon sur la cime des monts lointains.
Les arbres qui ombrageaient encore à cette époque la vallée de la rivière Saint-Charles, exhibaient mille nuances variées jusqu'aux montagnes, que l'éloignement teignait d'un bleu pâle.
Partout, dans la vallée comme sur les monts, les feuilles des arbres, dont la sève était figée, se desséchaient sous les étreintes du froid et sous l'action des pluies d'automne.
Sur certains arbres du vallon, elles se paraient d'un rouge feu tranchant sur les tons plus pâles qui en doraient d'autres. Sur le plus grand nombre, elles n'avaient qu'une teinte jaune clair. Enfin, on voyait encore, çà et là, quelques rameaux conserver un reste de verdure.
Mais pour contraster avec ce riche deuil de la nature, ce n'était partout que bruit et mouvement.
Dans les intervalles de chaque décharge d'artillerie, on entendait au loin crépiter la fusillade; car tandis que les vaisseaux de Phipps jetaient l'ancre devant la ville, les troupes commandées par Whalley et portées sur une multitude de bateaux et de chaloupes, forçaient de rames vers la terre, où elles paraissaient être chaudement reçues. Ce bruit distant de mousqueterie se confondait avec les détonations plus bruyantes du canon, roulant de roche en roche, de vallon en vallon, pour aller se perdre enfin dans les lointaines Laurentides comme le grondement d'un tonnerre décroissant.