--Sainte Vierge Marie! je suis mort! hurle l'hôtelier, qui écarte violemment le sauvage pris au dépourvu, bondit sur ses jambes et s'élance en courant vers la rue Buade, avec la frénésie aveugle de la terreur. Il ne voit, il n'entend rien; mais il court avec l'emportement furieux d'un cheval qui a pris le mors aux dents.

Aussi va-t-il donner au beau milieu de la patrouille. Boisdon bouscule un soldat qui se trouve sur son chemin et continue sa course effrénée vers la cathédrale.

--Sacrebleu! qu'est-ce là? s'écrie le soldat renversé par l'aubergiste.

--Eh! l'ami! arrêtez! mordieu! crient ses camarades.

Mais l'hôtelier ne se rend point à cet ordre.

--Feu sur lui! commande Louis d'Orsy, le chef du détachement.

L'un des soldats tenait déjà son mousquet en joue. Le coup part.

Boisdon n'est plus qu'à trois pas de la maison de Louis d'Orsy, quand la balle du mousquet vient lui casser une jambe. Emporté par son élan, il tombe dans la porte entr'ouverte de la demeure du lieutenant. Sa tête frappe le baril de poudre, dont la fusée brûle toujours.

--Ah! mon Dieu!... ce baril de poudre!... la mort!.... s'écrie Boisdon qui, de ses mains désespérées, presse, étreint, arrache la mèche fumante qu'il rejette au dehors.

Cependant, Harthing et Dent-de-Loup qui n'ont pu arrêter Boisdon, sont restés couchés sur la terre, au pied de la muraille. Ils retiennent jusqu'à leur haleine, de peur d'être entendus.