--Très bien! pense Harthing en voyant tomber Boisdon sous le coup de feu du soldat; tant mieux, ils ne nous verront point! Leur attention va se porter sur ce bélître d'aubergiste. Ah! si ce damné d'Orsy, qui commande la patrouille, se doutait... Malédiction!
Marie-Louise, que les cris et le coup de feu avaient tirée de son évanouissement, à l'insu de son ravisseur, vient de s'échapper des bras de ce dernier. Elle aussi a reconnu la voix de son frère. Avec la force et la rapidité que donne le désespoir, elle bondit, s'élance et court vers Louis d'Orsy en jetant des cris perçants.
Harthing veut l'arrêter, et l'insensé se lance à sa poursuite.
--Au secours! à moi, Louis! crie la jeune fille d'une voix déchirante.
Et venant tomber dans les bras de son frère, elle se retourne effarée en montrant de la main son ennemi.
--Harthing! s'écrie-t-elle.
--Par Dieu! arrêtez cet homme! dit Louis d'Orsy en faisant de ses bras un rempart à sa sœur.
Les soldats entourent Harthing, qui tire alors un pistolet de sa ceinture, casse la tête du premier homme qui veut lui barrer le passage, en renverse un second d'un coup de poignard et redescend à la course vers la clôture de l'évêché, qu'il franchit en s'aidant des mains et des pieds.
--Sus à lui! disent les voix de plusieurs poursuivants qui le serrent de près.
Harthing traverse en dix bonds la cour de l'évêché; et troublé, haletant, oubliant l'endroit par où le sauvage l'a fait entrer dans la ville, il saute par-dessus une autre muraille et tombe dans le jardin du séminaire. Il voit alors qu'il a fait fausse route et court dans la direction de la grande croix de bois qui dominait alors en cet endroit la cime du cap.