Mais dans sa chute, Pierre rencontre le tronc d'arbre qui vient de servir à l'Anglais et s'y retient d'une main; ce qui le contraint pourtant de lâcher le bras armé du lieutenant, qui se tord à cent pieds au-dessus de l'abîme, écume et blasphème comme un démon.

Le feu d'un obus qui éclate au proche fait luire le poignard qui menace encore la poitrine de Bras-de-Fer, lorsque le géant, qui retient toujours Harthing par le cou, soulève son ennemi au-dessus de sa tête et le rejette en avant dans le gouffre béant à ses pieds.

L'Anglais tombe, rebondit et roule sur le flanc escarpé du roc.

Cette lutte avait été pourtant si courte, que les compagnons de Pierre qui franchirent les premiers le rempart de palissades, n'arrivèrent sur les lieux qu'au moment où Harthing tomba.

Un cri déchirant d'angoisse monta du fond des ténèbres qui baignaient la rue Sault-au-Matelot; on entendit le bruit produit par la chute d'un corps lourd sur des branches sèches, et ce fut tout.

Dent-de-Loup, plus prudent que Harthing, s'était tenu coi tout d'abord en sa cachette; mais quand il eut vu les soldats disparaître à la poursuite de son compagnon, il se glissa doucement le long de la clôture en descendant vers la basse ville. Arrivé près de la porte cochère du palais de l'évêque, il escalada la palissade, et, voyant que tous les Canadiens avaient sauté dans le jardin du séminaire, il se coula sans être aperçu vers l'endroit du cap qui lui était familier. Il se laissa glisser sur le flanc du roc et prit pied sans encombre dans la rue Sault-au-Matelot.

Ici l'attendait un sérieux obstacle; car les trente hommes chargés de défendre la barricade ayant été réveillés par le tintamarre des canons anglais et par les rumeurs et les détonations d'armes à feu qui leur venaient des remparts, au-dessus de leur tête, étaient sortis en toute hâte de leur corps de garde improvisé.

Ils viennent d'allumer des torches et examinent avec attention les bords escarpés du cap, éclairé sur ce seul point par la lumière rougeâtre des flambeaux.

Dent-de-Loup n'a qu'un seul parti à prendre, celui de sauter par-dessus la barricade, haute de six pieds, et de passer par surprise au beau milieu de ses ennemis. Il n'hésite pas, et prenant sa course, il arrive auprès du retranchement sans être entendu, grâce aux mocassins qui étouffent le bruit de ses pas. Lancé fortement par ses jarrets nerveux, il franchit l'obstacle, passe comme un éclair devant les yeux des soldats ébahis, et retombe sain et sauf de l'autre côté, en continuant de dévorer l'espace qui le sépare encore de son canot.

Celui-ci n'est plus à sa place.