Un cri rauque s'échappe du gosier de l'Iroquois, qui se jette alors tête baissée dans la rivière.

A peine a-t-il nagé quelques brasses, qu'il voit à dix pieds devant lui, une pirogue balancée par le flot dans l'ombre, tandis que la silhouette d'un homme qui la monte se dessine vaguement sur la surface de l'eau.

Craignant une surprise, le sauvage va plonger pour éviter un ennemi, lorsqu'une voix bien connue l'appelle par son nom.

Il est sauvé; John Harthing est l'homme du canot. Protégé par je ne sais quelle puissance occulte, l'Anglais avait roulé, roulé, puis rencontré un petit arbre qui, tout en cassant sous le poids de son corps, avait amorti la violence de sa chute.

Arrêté de nouveau par un second arbuste, il s'était enfin retenu à des racines qu'il avait empoignées d'une main désespérée. Bien que contusionné en plusieurs endroits, Harthing n'avait cependant aucune fracture, aucune blessure dangereuse. Se laissant donc descendre tranquillement jusqu'à la rue, il rejoignit sans peine le canot de Dent-de-Loup; car il était tombé en dehors de la barricade.

Le bruit de sa chute avait cependant attiré l'attention des gardes du retranchement de la rue Sault-au-Matelot; ce fut alors qu'ils allumèrent des torches pour examiner les abords du cap.

Craignant d'être découvert, Harthing avait traîné jusqu'à l'eau la pirogue, et donnant quelques coups d'aviron, il s'était arrêté à vingt pieds du rivage afin d'attendre Dent-de-Loup.

Lorsque ce dernier eut pris position dans son canot, il était temps de songer à la fuite; car les soldats du guet, bientôt revenus de l'étonnement où le brusque passage du Chat-Rusé les avait d'abord jetés, s'étaient lancés à sa poursuite.

--Vite! au large! dit Harthing à son compagnon, en les entendant accourir vers la grève.

Les deux avirons plongent dans la rivière et lancent en avant la légère pirogue.