Plusieurs coups de feu partent du rivage à leur adresse, et quelques balles passent non loin des deux fugitifs; ceux-ci répondent à cette décharge par un cri de défi qui roule sinistre sur les eaux noires, et ils disparaissent aux yeux des Canadiens dans l'épaisse nuit.
Mais il n'ont pas encore atteint le milieu de la rivière que Harthing sent ses pieds tremper dans l'eau.
--Que diable est ceci? dit-il à Dent-de-Loup.
--Oah! fit le sauvage en éprouvant la même sensation d'humidité.
L'eau envahit l'embarcation et les deux hommes en ont bientôt par-dessus la cheville du pied.
--Ces chiens de faces pâles auront envoyé quelque balle dans l'écorce de la pirogue et sous l'eau, dit l'Iroquois en se baissant pour trouver la fissure.
Mais il y a déjà trop d'eau dans le canot pour qu'il soit facile, à tâtons, de découvrir l'avarie. Aussi Dent-de-Loup se relève en disant:
--Pagayons vers la gauche, là où mon frère peut voir un îlot à cent pieds de nous. Si nous pouvons l'atteindre avant que la pirogue s'enfonce, nous réparerons peut-être le dommage causé par les visages pâles.
Mais, par suite des efforts qu'ils font pour ramer avec plus d'énergie, le canot, enfoncé déjà jusqu'au bordage, vacille fortement. Aussi dans une de ces oscillations, le flot y entre-t-il tout d'un coup par-dessus le bord, et la pirogue de disparaître en s'enfonçant sous la vague.
Harthing et Dent-de-Loup se mettent à nager aussitôt et gagnent cette petite île de sable et de vase que le reflux laissait à découvert près de l'embouchure de la rivière Saint-Charles, avant la construction du bassin de radoub.