[Note 7: ][(retour) ] On se souvient encore que notre aristocratie logeait à la basse ville, il n'y a pas plus de soixante ans. A cette époque, le quartier, si fashionable aujourd'hui, du Cap, était habité par des charrons, des forgerons et des laitiers.

L'espace de terre qu'occupent aujourd'hui les faubourgs, ne consistait alors qu'en de vastes champs, qui s'étendaient à partir des portes jusqu'à perte de vue.

Il n'y avait au Palais, sur les bords de la rivière Saint-Charles, que le palais de M. l'intendant et ses dépendances, lesquels, au dire de La Potherie, étaient composés "de quatre-vingts toises de bâtiments qui semblaient former une petite ville."[8] C'était le lieu de réunion du conseil, l'intendant y demeurait, et on y avait placé les magasins du Roi, depuis l'incendie de 1682; car, avant ce désastre, ils étaient à la basse ville, près d'un quai défendu par des pièces d'artillerie, et qu'on appelait alors la plate-forme.[9]

[Note 8: ][(retour) ] On peut voir encore les ruines de cette résidence en arrière de la brasserie de M. Boswell et dans le Parc. Ce nom vient de ce que ce terrain, alors couvert en grande partie de bois de haute futaie, était la propriété des intendants, qui en avaient fait leur parc.

[Note 9: ][(retour) ] C'est maintenant le quai de la Reine.

Quant à la haute ville, elle était presque toute occupée par les communautés religieuses; à l'exception toutefois du Château et de quelques rares maisons disséminées le long des rues Saint-Louis, Buade, de la Fabrique, du Palais et Saint-Jean.

On venait de rebâtir le monastère des Ursulines, détruit par un incendie en 1686. En 1689, M. de Frontenac avait fait élever, dans le jardin de cette communauté, une palissade fortifiée, avec un corps de garde, pour défendre la ville du côté des plaines ou des champs, comme on les appelait alors.

Venait, à côté, le couvent des Jésuites. Converti en caserne depuis la conquête, cet édifice offre maintenant à peu près le même aspect qu'alors; à l'exception cependant du "grand jardin," d'un "petit bois" et de l'église qui ont disparu.[10] L'espace de terre compris entre l'Hôtel-Dieu--qui ne consistait alors qu'en un bâtiment de pierre de taille avec deux pavillons--et le Séminaire, et qui comprend aujourd'hui les rues Couillard, Saint-Joseph, Sainte-Famille, Saint-George, etc., était désert et inhabité.

[Note 10: ][(retour) ] Le couvent des Jésuites, qui depuis longtemps menaçait ruine, fut démoli en 1877.

Quant aux édifices du Séminaire, ils se composaient d'un corps principal, qui regardait le fleuve, de deux pavillons, et d'une aile à gauche, où était la chapelle. Cette dernière, malheureusement détruite depuis, devait être belle; car La Potherie, qui venait d'Europe, en fait beaucoup d'éloges.[11] Le jardin de la communauté s'étendait librement jusqu'au rempart de palissades plantées sur la cime du cap qui domine la rue Sault-au-Matelot de plus de cent pieds. La petite batterie de canons qui défendait la ville en cet endroit, se trouvait dans le jardin, où les artilleurs avaient la permission de se tenir pour le service des pièces. Sur les plans et les cartes de cette époque, on remarque une grande croix plantée près de la palissade, dans le jardin, à peu près là où l'on voit maintenant sur la grande batterie une demi-lune défendue par un canon de trente-deux.