[Note 11: ][(retour) ] Cette chapelle devait se trouver à la jonction de l'aile avec la vieille façade, à peu près au lieu où se trouvent maintenant les deux salles d'étude. Elle avait quarante pieds de long. La Potherie vante beaucoup le maître autel, qui était d'architecture corinthienne, les lambris, les sculptures qui ornaient les murailles et la voûte, et qui, faites par des séminaristes, étaient estimées dix mille écus. Cette chapelle a été depuis longtemps détruite par le feu.
Après la cathédrale et la rue Buade, en remontant, se trouvait la place d'armes, qui devait voir s'élever, trois ans plus tard (en 1693), le couvent et l'église des Récollets.
En face de la place d'armes, assis sur le bord du cap, et arrêté par les fondations qui servent encore à soutenir l'ancienne partie de la terrasse, était le château du Fort ou château Saint-Louis. Pour ne point allonger la partie purement descriptive de ce chapitre, nous donnerons plus loin une esquisse assez détaillée de cette résidence de nos anciens gouverneurs.
Maintenant descendons vers l'évêché, pour nous rapprocher du lieu qui verra se développer la partie la plus émouvante de ce roman.
Le palais épiscopal était alors bâti à l'endroit où s'élève, modestement, l'édifice de notre parlement provincial. C'était un grand bâtiment de pierre de taille, dont le principal corps de logis avec la chapelle, placée au milieu, regardait la côte de la Montagne. Une aile de soixante-douze pieds de long, avec un pavillon formant au bout un avant-corps du côté de l'est, allait rejoindre à angle droit la côte. La pointe de terre qui faisait face à cette aile et descend vers la côte de la Montagne qu'elle domine, avait servi de cimetière dès les premiers temps de la colonie.
Voici maintenant quel était le circuit décrit par le mur de clôture qui entourait l'évêché. Partant d'abord de l'extrémité du cimetière, il suivait la côte de la basse ville qu'il remontait en coupant la rue qui mène aux remparts aujourd'hui (cette voie n'existait pas alors), et venait s'arrêter au bout de la rue Port-Dauphin, à l'extrémité de notre palais épiscopal actuel. Si l'on revenait au même point de départ, on voyait le mur remonter vers le jardin du Séminaire en suivant la cime du cap qui s'élève au-dessus de la rue Sault-au-Matelot,[12] puis s'arrêter à l'endroit du rempart où l'on a construit, il y a quelques années, une petite plate-forme entre la clôture de l'édifice du parlement et les premiers canons de la grande batterie. Là il rejoignait le mur qui borne encore les jardins du Séminaire et venait, confondu avec cette muraille, rejoindre l'autre extrémité au coin de la rue Port-Dauphin. Quant au carré de maisons qu'il y a maintenant entre le bureau de poste et le parlement, il n'existait pas à la fin du dix-septième siècle, et l'on circulait librement alors à l'endroit où ces constructions sont assises aujourd'hui.
[Note 12: ][(retour) ] La tradition veut que cette rue ait été nommée ainsi par suite de la chute qu'un matelot y aurait faite du haut en bas du cap. A vrai dire, nous préférons cette version à celle de Hawkins (Picture of Quebec), qui substitue au matelot un chien nommé Matelot, qui aurait fait la même chute.
Cette topographie, peut-être minutieuse et sans intérêt pour beaucoup de lecteurs, est nécessaire à l'intelligence des événements qui vont suivre.
Il y avait au commencement de la rue Buade, en 1690, une modeste maison de pierre à un étage, qui faisait presque face à la jonction des murs d'enceinte de la cour de l'évêché. Elle était sise à l'endroit où est maintenant située la librairie de MM. Brousseau, et appartenait à M. Louis d'Orsy, jeune officier d'une compagnie de la marine. Celui-ci l'avait fait bâtir dès son arrivée au Canada, durant l'année 1687, et l'habitait avec sa sœur.
Le père des deux jeunes gens, le baron Raoul d'Orsy, ayant hérité d'un patrimoine considérablement amoindri par les fastueuses dépenses de ses pères, n'avait pu éviter la ruine imminente qu'ils lui avaient ainsi préparée de longue main. Aussi, se voyant hors d'état de subvenir aux exigences de fortune que demandaient son rang et son nom, s'était-il vu contraint de se défaire d'un petit manoir, en Normandie, qui lui restait pour tout bien, afin de réaliser quelque argent pour passer au Canada.