--Je te jure, mon cher François, dit Louis à celui-ci, que j'ai tout fait pour détourner ma sœur d'un dessein si funeste; mais rien n'a pu ébranler sa résolution; car elle prétend qu'il en résulterait un malheur pour nous tous si elle allait manquer au vœu que Dieu a bien voulu accepter, dit-elle, puisqu'il a fait un miracle en ma faveur.
--Oui, c'est vrai, reprit Marie-Louise; d'ailleurs, mon amour semble fatal à ceux qu'il touche. Harthing en est mort, et si M. de Bienville et toi, mon bon Louis, ne l'êtes pas déjà, c'est parce que Dieu prévoyait que je me devais dévouer pour vous. Il n'est pas jusqu'à Marthe et à l'Iroquois[73] dont je n'aie, bien qu'involontairement, causé la perte.
[Note 73: ][(retour) ] Elle devait croire avec Bienville, d'Orsy et Bras-de-Fer que Dent-de-Loup était mort.
--Monsieur de Bienville, dit-elle en finissant, je comprends votre douleur. Elle doit vous être d'autant plus amère qu'elle était imprévue. Soyez cependant certain que vous ne souffrirez pas en cinquante ans de vie les tortures que j'ai subies depuis trois jours. Mais ceci doit rester entre Dieu seul et moi. Au cloître où je vais désormais vivre pour mourir, je prierai Dieu pour vous. Il voudra bien m'entendre et vous consoler sans doute; et, bientôt vous m'oublierez pour en aimer une autre qui saura vous rendre heureux. Adieu! mon ami, adieu! pour cette vie du moins!
Les sanglots couvrirent ici sa voix, et elle tendit la main à Bienville.
Mais de la poitrine haletante du jeune homme sortit un cri de désespoir, et il chancela comme un homme ivre.
Si grande était pourtant sa force, qu'il contint cette mer immense de douleur qui venait de se déborder dans son âme.
Mais il n'essaya point de parler, et d'un pied lourd, incertain, il sortit.
Lorsque le dernier des pas de son fiancé vint résonner à son oreille, lugubre comme le bruit de la pelle du fossoyeur sur une tombe aimée, Marie-Louise s'évanouit.