Il ajouta qu'il avait même remarqué l'enseigne que le vent faisait crier sur ses gonds au-dessus de la porte d'entrée du cabaret. C'était un barillet badigeonné d'un jaune sale, et sur lequel les mots suivants étaient écrits en caractères longs et tremblants:
AU BARIL DOR
J'EN BOIS DONC
Cet affreux calembour avait attiré l'attention de l'officier anglais, qui put aisément donner tous ces renseignements à Harthing. Mais, malheureusement pour le lieutenant, son ami ne put lui donner une réponse aussi satisfaisante au sujet de Louis d'Orsy, car ce nom ne lui était pas connu.
--N'importe, se dit Harthing en revenant chez lui, n'importe, j'en sais maintenant assez pour apprendre tout ce qu'il me reste à connaître.
Il s'empressa de dépeindre à Dent-de-Loup l'auberge de Boisdon, qui se trouvait sur la grande place et près de la cathédrale.
A mesure que l'Anglais avançait dans sa description, l'attention de l'Iroquois semblait s'éveiller graduellement. Enfin, quand le lieutenant lui mentionna le baril jaune qui servait d'enseigne à l'auberge, le sauvage lui toucha le bras et dit:
--Les yeux du Chat-Rusé ont vu ce baril d'eau de feu suspendu à la porte d'un ouigouam.
En effet, les Québecquois qui faisaient partie de l'expédition contre Schenectady, n'avaient eu rien de plus pressé à leur retour que de se rendre à la cathédrale, pour y remercier Marie, sous la protection de laquelle ils s'étaient mis avant leur départ. Mais, comme ils n'avaient pu se défaire immédiatement de leurs captifs, ils les avaient amenés avec eux jusqu'à l'église, à la porte de laquelle on les avait laissés momentanément sous bonne garde. Et ce fut alors que les regards de Dent-de-Loup s'arrêtèrent sur la singulière enseigne de la première auberge canadienne. Il l'avait si bien remarquée, qu'il assura pouvoir retrouver le cabaret, même par la nuit la plus noire.
Harthing rayonnait.
Avec l'aide de Dent-de-Loup et de Boisdon, rien ne lui était plus facile, en effet, que de savoir où les d'Orsy demeuraient.