—Quoi! s'écria Alice, faudra-t-il qu'à peine arrivé près de moi, vous me quittiez encore pour aller vous exposer à la mort?

—Quant à me battre, ma chère Alice, il le faut. Mais pour ce qui est de mourir, je vous assure que je n'en ai plus aucune envie. Non, je vivrai, je le sens et je le dois puisque demain matin vous serez ma femme.

—Et bien alors, repartit Alice, vu que j'ai tout quitté pour vous et que vous voulez bien m'épouser, vous ne saurez m'empêcher de vous suivre partout où vous irez désormais. Puisque vous allez combattre je vous accompagnerai. Oh! ne dites pas non, car j'en ai'le droit voyez-vous!

Il y avait tant de décision dans ces paroles de sa fiancée que Marc vit tout de suite qu'il serait inutile de vouloir la détourner de son dessein. Il dut même lui promettre sur l'heure qu'elle le suivrait partout dans sa vie aventureuse.

Nous laisserons les heureux amants passer en un délicieux tête-à-tête cette soirée qui les voyait réunis après tant de traverses et de souffrances, et nous nous contenterons d'ajout que lorsqu'Alice se fut retirée dans sa chambre, Marc se fit dresser un lit dans la pièce voisine, en ayant soin de placer près de lui ses pistolets et son épée; le voisinage des Anglais, maîtres des Trois-Rivières, rendait ces précautions plausibles dans le cas où le capitaine Evil eût été informé de la présence d'Alice à la Pointe-du-Lac et rodât aux environs, ce qui n'était pas impossible.

La nuit s'écoula sans qu'aucun incident vint en troubler le calme. Le jour se leva froid et sombre. Le vent soufflait violemment soulevant les eaux grisâtres du lac et chassant devant soi d'épaisses nuées pleines d'orage.

—Nous allons bientôt avoir du gros temps fit le maître en ouvrant la porte de son logis.

—Vous croyez? dit quelqu'un derrière lui.

C'était Marc Evrard que venait de se lever.

—Oui, Monsieur, reprit l'autre.