—Dites donc, mon ami, repartit Marc, voulez-vous nous rendre un grand service à mademoiselle Cognard et à moi?
—Comment, Monsieur? mais bien sûr, du moment que ça m'est possible.
Qu'est-ce qu'il faut faire?
—Nous voulons nous marier ce matin, et, comme nous n'avons aucune connaissance ici, je vous demanderai de vouloir bien servir de père à mademoiselle et de prier l'un de vos voisins de me rendre le même office. J'ai sur moi tous mes papiers, et mademoiselle Cognard a eu soin d'obtenir son extrait de baptême avant de quitter Québec. Vous voyez que nous somme en état de satisfaire aux formalités requises et que vous ne risquez rien, mademoiselle étant majeure, du reste, et moi aussi. Avez-vous aucune objection à nous obliger?
—Certes, non, Monsieur. Pauvre chère demoiselle, va-t-elle être assez heureuse? Elle en bien pleuré, allez, en vous attendant et vous pouvez vous vanter d'être joliment aimé! A quelle heure voulez-vous que la cérémonie se fasse?
—Bien matin, afin de moins attirer l'attention des curieux. A quelle heure votre curé dit-il sa messe?
—A sept heures, Monsieur
—C'est bon, va pour sept heures.
—Monsieur voudra bien m'excuser alors; il est passé cinq heures, et il faut que je m'endimanche un peu et que j'aille prévenir le curé et votre témoin. Mais, Monsieur, croyez-vous que notre curé va vous marier comme ça sans publication de bans, et sans toutes les autres cérémonies qui ont coutume de précéder le mariage?
—Ceci me regarde, reprit Evrard, et à ce propos je crois qu'il vaut mieux ne pas prévenir le curé. Un peu avant la messe nous nous rendrons tous ensemble à la sacristie, et pendant qu'il sera occupé à se revêtir de ses habits sacerdotaux, nous nous rapprocherons sans bruit du curé, et… vous me laisserez faire; tout ira bien.
—Damne… Monsieur, fit le paysan qui se gratta l'oreille (il n'y voyait pas bien clair en tout cela), du moment que vous m'assurez que vous ne me mènerez pas à mal, je suis prêt.