Alice le sentit chanceler et le retint dans ses bras. Mais il finit par se remettre. Il se cramponnait à la vie avec toute l'énergie du désespoir.
—Marchons! dit-il.
Momentanément stimulés par ces quelques bouchées de pain et le peu d'eau-de-vie qu'ils venaient de prendre, ils se mirent tous deux en marche. C'était pitié que de les voir, appuyés l'un sur l'autre, marchant à petits pas, le corps fléchissant sur leurs jambes tremblantes, tels que deux vieillards qui essaient leurs derniers pas avant de se coucher dans la tombe.
Les efforts inouïs qu'ils faisaient pour marcher leur paralysaient la voix, et ils haletaient tous deux chacun écoutant avec effroi la respiration pénible de l'autre.
Ils s'en allaient donc, la tête basse, les yeux rivés par terre pour éviter le moindre obstacle qui pouvait embarrasser leurs pieds, se traînant, machinalement poussés par l'instinct confus de la conservation, n'ayant plus de forces que ce qu'il leur en fallait pour s'empêcher de choir, lorsque Marc entendit un bruit de pas devant lui et releva la tête.
—Encore lui! toujours lui! s'écria-t-il avec emportement.
La première pensée d'Alice fut que le délire le reprenait avec plus de violence, mais à peine eut-elle levé les yeux qu'elle jeta aussi un cri de terreur.
Evil, l'homme fatal, était là, à dix pas devant eux. A côté de lui se tenait un inconnu.
—Puisque l'enfer t'a poussé jusqu'ici, cria Evrard, nous allons du moins mourir ensemble!
Et avec une force dont on ne l'eut pas cru capable, il dégagera son bras de sous celui d'Alice, qui le retenait, tira son épée qu'il n'avait point voulu quitter, et marcha sur Evil.