Alice, comme pétrifiée par la terreur, resta à l'endroit où elle s'était arrêtée, sans voix, sans force et sans volonté.

Evil et Gauthier se trouvaient sur le bord d'un rocher coupé perpendiculairement derrière eux et dominant d'une trentaine de pieds un ruisseau qui coulait en bas sur un lit de cailloux.

En voyant monter vers lui ce mourant armé d'une épée qu'il pouvait à peine tenir, Evil eut un sourire d'infernal contentement. Il fit signe à Gauthier qui venait d'armer son mousquet, de déposer son arme, et, attendit sans bouger, avec le rire satanique de la vengeance aux lèvres, ce spectre vivant qui se traînait vers lui.

—Attends…, balbutiait Evrard en approchant, il me reste encore… assez de force pour te tuer!

Le bras tendu, l'épé au poing il arriva enfin près d'Evil.

—O mon Dieu! dit Evrard, donnez-m'en la force!

Evil bondit sur Marc, lui arracha son épée qu'il jeta loin d'eux, saisit Evrard par les poignets et la gorge, et traînant le malheureux jusqu'au bord du rocher:

—Tu as tort d'invoquer Dieu en ce moment! lui dit-il. L'esprit de la vengeance est Satan, et c'est mon Dieu, à moi. Vois-tu comme il ta jeté sans défense dans mes mains vengeresses! Tu m'as vaincu d'abord, et pourtant je vais rester le dernier sur la brèche. Mais avant que de piétiner sur ton cadavre, je veux, là, sous tes regards mourants, que le feu infernal de la jalousie te ronge aussi le coeur. Avant que tu rendes au diable ton âme maudite, ta femme, entends-tu, ta femme sera la mienne, ici, sous tes yeux.

Dans un dernier effort, Evrard se débattit pour échapper à l'étreinte de son ennemi. Mais Evil le souleva de terre et le poussa dans le vide.

L'infortuné jeta un cri étouffé, et s'en alla tomber au fond du ravin.