Cependant la compagnie de Marc Evrard s'était ralliée à l'appel et marchait dans la direction du Palais. Afin de ne pas exposer inutilement ses soldats, le capitaine Evrard, après avoir longé la rivière, s'engagea dans la rue Saint-Joseph. Arrivé en face du parc où l'on voit encore aujourd'hui les ruines du palais des Intendants français, il remonta la rue Saint-Roch afin d'installer la moitié de sa compagnie dans un groupe de maisons qui avoisinaient l'Intendance et qui s'élevaient alors à l'endroit aujourd'hui resserré entre les rues des Prairies et des Fossés, quand une fusillade, partie de cette direction, lui démontra que la place était occupée déjà par une autre partie de l'armée assiégeante.
—Bon! murmura Marc Evrard, on m'ordonne de venir m'emparer de cette position et voilà que d'autres y sont rendus avant moi! Quel admirable discipline préside à cette armée! Le Congrès a droit d'en être fier!
Au même instant il fut rejoint par un jeune officier qui avait coupé court en prenant par la rue des Fossés.
—Capitaine, lui dit celui-ci, le colonel m'envoie vous prier de ne pas vous occuper de cette position à droite, et d'installer toute votre compagnie dans le palais. Vous n'aurez pas trop d'hommes pour vous y maintenir, D'ailleurs se trouvant plus rapproché des murs et de la porte de ville qui ouvre de ce côté, est plus exposé. Comme le colonel me l'a dit, avec un sourire fort obligeant pour vous, ce dernier poste vous revient de droit.
—C'est bien, répondit Marc Evrard en faisant opérer volte-face à sa compagnie: dites au colonel Arnold que ses ordres vont être exécutés.
Marc, suivi de ses hommes, revint sur ses pas et pénétra par le parc en arrière du palais.
Le palais des Intendants qui avait été, avant 1760, le plus somptueux édifice de Québec, sans oublier même le Château Saint-Louis, était demeuré à peu près inoccupé depuis la conquête. C'était un grand pavillon à deux étages, dont la façade regardait du côté de la haute ville.[12]
[Note 12: Ceux qui seraient désireux d'en voir la description et de connaître quelques'uns des mystères de la vie de son dernier occupant, n'ont qu'à parcourir L'intendant Bigot.]
Les portes du palais désert étaient verrouillées au dedans et fermées à triple tour.
—Célestin, commanda Marc Evrard, enfonce-moi cette porte!