Comme toutes les jeunes femmes qui affectent une grande gaîté devant des témoins, Lucrèce redevint profondément triste quand elle se retrouva seule.
Le bruit sourd que fait une voiture, en roulant sur un pavé couvert de neige, la fit tressaillir au milieu de ses réflexions.
Elle se leva vivement, courut à la fenêtre et prêta l'oreille au dehors.
Cette fois, Tullie ouvrit la porte du salon, et n'annonça personne.
Un jeune homme entra, fit un salut respectueux et prit place au fauteuil désigné.
C'était Maurice Dessains; sa figure pâle et sérieuse traduisait les souffrances de l'âme et du corps; l'abattement se peignait dans tous ses membres; la vie semblait s'être réfugiée dans ses yeux noirs, où elle flamboyait de cet éclat désespéré dont brille le feu qui va s'éteindre.
Ses cheveux, taillés jusqu'à la racine, laissaient à découvert cette forme de tête séraphique, où fermente l'exaltation; il portait le costume sévère des puritains du jour.
L'étroite houppelande brune, à large collet, boutonnée jusqu'au menton.
Une distinction suprême accompagnait chaque mouvement et chaque geste de ce jeune homme, qu'une sensibilité trop précoce et les terribles émotions d'une période de sang avaient changé en vieillard.
—Vraiment, je ne vous attendais pas ce soir, Maurice, dit la jeune femme en activant le feu de la cheminée. Le temps est horrible… c'est bien imprudent à vous de sortir… Comment vous trouvez-vous aujourd'hui?