Le malade fit un signe imperceptible, et Maurice se rapprocha du lit, avec une nonchalance affectée, pour ne pas attirer l'attention de Louise, qui paraissait absorbée dans un muet et sombre désespoir.
—Il y a une réflexion qui me tue bien mieux que la maladie: dit l'agonisant avec un effort suprême: qui viendra au secours de cette pauvre Louise, lorsque?…
Il ne put achever cette phrase de désolation; la fin de la demande expira dans un soupir.
Maurice n'osa point hasarder une formule de consolation banale que le malade n'aurait pas acceptée.
Il était, lui aussi, dans une de ces positions désespérées où il est impossible de s'offrir comme protecteur.
Pauvre, souffrant, compromis dans les éventualités et les incertitudes d'un complot, il ne pouvait donner à un ami que l'heure présente; le lendemain ne lui appartenait pas.
Il feignit donc de n'avoir pas entendu ou compris les dernières paroles du malade, et prenant un ton moins triste:
—Mon ami, dit-il, l'espoir a été inventé au ciel pour des êtres comme nous; espérons. Si la liberté triomphe aujourd'hui, elle nous rendra forts et heureux. Pour des hommes comme nous, la vie a des ressources et la liberté a des miracles. Espérons.
Le malade fixa ses yeux au plafond, et tendit la main à Maurice, qui la serra en ajoutant:
—Adieu, je vais à mon destin et au tien.