Il salua respectueusement la jeune femme et sortit.
Aux Tuileries.
V.
Aux Tuileries, debout devant la porte de son cabinet de travail, jouant du bout de ses pieds avec la flamme qui les réchauffait, après la revue glaciale du 3 nivôse, Bonaparte ouvrait ses dépêches du jour, et comme il était seul et que nul témoin ne pouvait lire sur la mobile expression de sa figure les secrets de sa correspondance, il s'abandonnait naïvement, comme le plus bourgeois des citoyens, à la joie ou à la tristesse, selon la nature des nouvelles qu'il recevait.
Joséphine entra.
Bonaparte embrassa tendrement sa femme comme un mari de la veille, la fit asseoir sur un fauteuil devant le feu et s'assit à côté d'elle.
—Ma chère Joséphine, dit-il avec un sourire charmant, la guerre est un métier d'été; tu es créole, et je suis Corse: nous nous comprenons, n'est-ce pas?
—La revue a été bien belle pourtant, dit Joséphine, et vous avez été accueilli bien chaudement, malgré la saison.
—Alors, Joséphine, tu as donc vu que j'avais expédié lestement ma revue aujourd'hui… Nous avons 9 degrés au-dessous de zéro. Ce n'est pas la température de Marengo et des Pyramides… Ces pauvres soldats de Macdonald ont dû bien souffrir! ils viennent de traverser la grande chaîne des Alpes, au coeur de l'hiver!… Toutes les nouvelles que je reçois des armées sont excellentes. Macdonald, Brune et Vandamme vont faire des merveilles dans le Tyrol italien. La campagne d'hiver sera superbe. L'Europe veut m'imposer la guerre. Eh bien! moi, je lui imposerai la paix.
—Ah! quel nom béni vous venez de prononcer!—dit Joséphine, en croisant ses mains, et levant les yeux au ciel.