Cette caresse immense qui étreint l'homme, dans une nuit des tropiques, acheva la résurrection de notre jeune déporté Maurice Dessains.
Il était là, lui aussi, spectateur enivré de toutes ces augustes merveilles.
Il se sentait vivre pour la première fois; il aspirait avec des lèvres altérées ce baume divin qui lui rendait la jeunesse avec ses joies intérieures et ses beaux rêves de long avenir.
Une voix humaine qui se serait élevée en ce moment eût été comme l'insulte de l'esclave au triomphe de Dieu.
Le choeur invisible des voix de la nuit chantait les grandeurs de la création, et aucune bouche n'osait interrompre l'hymne des étoiles et de la mer.
Ainsi s'écoulaient sur le pont du vaisseau ces premières heures de ravissement.
Nul, parmi les conviés, ne quitta la place de ce festin que Dieu servait à quelques hommes, et tous s'endormirent sous les tentes des mâts, en attendant que le soleil, avec le premier baiser de ses rayons, vînt les réveiller comme un officieux ami.
Maurice, en ouvrant les veux, vit à son côté le jeune passager qu'il n'avait pu reconnaître la veille.
Et comme la familiarité s'établit naturellement tout de suite entre deux voyageurs sur mer, ils avaient échangé quelques phrases et s'étaient bientôt serré les mains, comme d'anciennes connaissances de Paris et de la rue Mesnars.
—Pauvre femme!—dit Maurice, qu'elle doit souffrir! Je viens de faire un rêve bizarre…