Il essaya de parler, mais il ne trouva rien d'assez digne pour exprimer l'allégresse qui éclatait dans son coeur.
—Maurice, ajouta Alcibiade; quand le moment sera venu, je vous rendrai votre père. Ceci est un secret entre nous. Ayez foi en ma parole. On ne ment pas, quand une frêle planche vous sépare de l'abîme de l'Océan. Ce que je vous dis est donc la vérité. Pas un mot de plus. Descendez à votre cabine, et continuez-vous le repos salutaire de la dernière nuit.
Pendant cet entretien, un marin, assis au pied du grand mât, regardait, avec des yeux humides, le jeune Maurice, et ne perdait pas un de ses gestes et de ses mouvements.
C'était un père qui se réjouissait de son fils, comme la mère dont parle le Livre Saint [6].
[Note 6: Matrem filiorum lætantem.]
Mer calme, coeur agité.
XII.
La rencontre de Maurice et de Louise sur le pont de la corvette était inévitable, comme on le pense bien.
Il y eut d'abord, de part et d'autre, une stupéfaction sans pareille, comme si deux morts se retrouvaient vivants.
Les demandes et les réponses se croisèrent entre leurs bouches avec une vivacité qui n'attendait jamais les dernières syllabes.