Louise mit pourtant plus de lenteur à expliquer sa trop mystérieuse présence à bord de ce navire.

Il est vrai que la candeur de Maurice était toujours prête à s'accommoder d'un motif quelconque, ce qui enlevait aux explications de Louise leurs plus scabreuses difficultés.

Au reste, Alcibiade, qui avait prévu cette rencontre, avait aussi dicté à Louise un rôle qui sauvait la délicatesse de la jeune femme, sans trop s'éloigner de la vérité.

Louise dit à Maurice que, dégoûtée de la vie depuis ses derniers malheurs, elle avait accepté les secours d'un parent, et qu'elle allait dans quelque colonie anglaise, où elle espérait vivre du travail de ses mains.

Cette rencontre portait avec elle son péril.

Maurice avait voué depuis longtemps à Louise une affection fraternelle, et, sans doute, il se refusait à l'idée d'élever ce doux sentiment à la hauteur de l'amour.

D'ailleurs, Louise était dans cette phase du veuvage où l'austère robe de deuil semble exclure toute profane affection.

Maurice se sentait donc à l'aise à côté d'une femme qu'il regardait plus que jamais comme sa soeur.

La rencontre se réduisait au bénéfice d'une liaison intime, mais chaste, commencée dans une mansarde et continuée sur le pont d'un navire.

C'était un incident providentiel qui allait adoucir les ennuis d'une longue traversée, à la plus grande satisfaction de tous deux.