Cette réflexion fut faite simultanément par Louise et Maurice, tant elle était naturelle, et leur premier entretien ne roula que sur ce sujet.

Voyager ensemble, se voir tous les jours, assister au coucher du soleil, au lever des étoiles, au spectacle de l'Océan, aux manoeuvres du vaisseau, associer enfin leur amitié mutuelle dans toutes les peines et toutes les joies que cette vie maritime leur promettait à tous deux.

Quel charme dans ce rêve qui, chaque jour, devait s'épanouir en consolante réalité!

Sidore Brémond et Alcibiade assistèrent de loin à cette première entrevue de Maurice et de Louise, et ils s'en réjouirent, en songeant qu'il y avait là une diversion heureuse dont le résultat, quel qu'il fût, devait amener la guérison morale de notre jeune déporté.

Aussi le père et l'ami se promirent-ils bien de favoriser par leur absence, et de toute autre manière, tous les développements de cette chaste union, de cette fraternelle amitié.

Il est vrai que le marin et Alcibiade, beaucoup moins candides que Maurice, hasardèrent sur le dénouement une opinion qu'auraient partagée beaucoup d'hommes expérimentés.

L'Églé passait la ligne et voguait avec une lenteur qui ressemblait à l'immobilité.

Toutes les voiles avaient beau se cotiser pour recueillir un souffle, le souffle était mort.

Les longues flammes pendaient le long des mâts comme des peaux de serpents exposées au soleil par un naturaliste.

Le pavillon tombait lourdement de la poupe et traînait sa frange dans l'eau.