La mer ressemblait à une plaine de saphir toute coupée de lames d'or.

C'était comme un désert sans bornes sur lequel on s'attendait toujours à voir passer les étincelantes caravanes des ambassadeurs du soleil.

Une rosée de lumière flottait dans l'air et couronnait d'une auréole la cime des mâts, en distillant sur les toiles ses teintes splendides.

Cependant une fraîcheur suave montait de la mer au pont du vaisseau, comme l'éventail agité devant la face d'un émir.

Les matelots, dispensés du travail par la léthargie de l'Océan, dormaient sous les tentes avec une volupté qui se laissait lire sur leurs visages, et leurs lèvres ouvertes aspiraient au vol cette haleine exquise qui sortait, par intervalles, des profondeurs de la mer, entre deux horizons embrasés.

Louise avait adopté une place à l'écart, sur le pont, où elle s'occupait, par contenance, d'un travail à l'aiguille qui lui permettait de se livrer à toutes les distractions.

Sa toilette de bord brillait par une négligence adorable; cependant, par une coquetterie si naturelle qu'elle était innocente, aucun des charmes de la jeune femme n'était perdu pour le plaisir des yeux.

La robe de serge noire s'échancrait très-bas, au dessous de la racine du col; les manches absentes laissaient à découvert deux bras charmants, dont l'éblouissante nudité trouvait son excuse dans les ardeurs intolérables du tropique; il était facile de voir que, toujours à cause du climat équinoxial, la jeune femme avait réduit son ajustement à sa plus indispensable simplicité; la robe accusait la beauté du corps, sans aucune fraude clandestine, ainsi que cela se voit, ou plutôt ne se voit point, dans les pays septentrionaux, où la rigueur du climat accumule les étoffes intérieures avec une menteuse profusion.

Au centre de ce foyer d'atmosphère lumineuse et flottante, aucun rayon n'était plus éblouissant que le visage de Louise, et l'azur du ciel de l'équateur n'était pas aussi doux au regard que la nuance de ses yeux.

Partout cette merveille de beauté gracieuse aurait commandé l'adoration; mais, sur le pont d'un navire, dans ces zones, berceau de l'amour; et sous l'obsession de ce démon du midi qui brûle le corps et l'âme, la beauté de Louise était un écueil plus terrible que le roc à fleur d'eau, relevé par Davis sur ces mêmes parages de l'équateur.