—Oh! certes, oui, j'y consentirais de grand coeur. Je suis prêt à signer un bail perpétuel. J'ai pris à bord de si douces habitudes, que mon coeur se déchirera quand il faudra les quitter.

—Quelles habitudes?—demanda Louise avec une naïveté qui commençait à se faire fausse.

—Mais il me semble que vous les connaissez,—dit Maurice avec une voix qui commençait à se faire émue;—je passe toutes mes journées auprès de vous, et je n'ai même jamais donné un regard à ces oiseaux de passage dont vous venez de me parler.

—Citoyen Maurice,—dit Louise en souriant,—regardez là-haut… le vent monte aux voiles. Les flammes remuent. Il y de petites rides sur la mer. Votre désir ne sera pas exaucé. Je sens que nous marchons. Voyez comme l'eau change de couleur… Regardez donc, citoyen Maurice, le soleil qui nous fait ses adieux… Vous n'aimez donc pas voir le coucher du soleil aujourd'hui?

—Non.

—Quel non sec!… et pourquoi, citoyen Maurice?

—Parce que la nuit va tomber, et qu'un ordre du capitaine veut que les passagères descendent à l'entrepont quand la nuit est venue… Si, au moins, il y avait ici, comme partout, un long crépuscule; mais la nuit tombe lourdement sur la ligne de l'équateur avec le dernier rayon du jour.

—Y a-t-il une raison pour cela?—demanda Louise en feignant de n'avoir pas saisi le côté mystérieux de la colère de Maurice contre la nuit.

—La science trouve toujours des raisons pour expliquer les phénomènes, et quand la science a vu qu'il n'y avait pas de crépuscule sous l'équateur, elle a prouvé qu'il ne devait peint y en avoir.

—Voilà la nuit! dit Louise en se levant avec vivacité.