Un petit nuage pâle sortit avec une lueur du flanc de ce vaisseau; un bruit sourd roula de vague en vague et d'horizon en horizon, et la mer fut trouée par un corps invisible, à cent brasses de l'Églé.

Les canonniers de la corvette prirent leur lance et se tournèrent vers le banc de quart pour attendre un ordre.

Ce coup de canon avait retenti dans le cœur du pilote Sidore; il fit des prodiges de manœuvres pour seconder le vent dans ses intentions favorables.

L'Églé déploya bientôt toute l'envergure de ses ailes, et glissa comme sur deux rainures d'acier, inclinées de l'est au couchant; elle ne fuyait pas, elle semblait emportée par une force invincible loin de ce champ de bataille, où le courage de ses matelots voulait le retenir.

Le King-Georges se perdait déjà dans les brumes lumineuses d'un autre horizon et s'évanouissait comme un fantôme de mer, avec le dernier rayon du jour.

D'un Océan à l'autre.

XVII.

Quand on lit les histoires de la mer on s'étonne d'y rencontrer si souvent le miracle providentiel de ces bonnes brises secourables, qui se lèvent soudainement pour délivrer un navire en péril.

On ne peut pas même expliquer cette protection merveilleuse et inespérée à certains drapeaux, à certains hommes, à certains navires, et affirmer, avec le verset de la Bible, que Dieu n'opère pas ce prodige de sauvetage en faveur de toutes les nations [1]; elles ont toutes le même droit au même secours, et les Anglais mêmes se sont souvent sauvés à propos, par un de ces miracles de brise soudaine, dans des circonstances où leur habileté maritime n'aurait rien pu faire pour eux.

Tellement la Providence est impartiale dans ses hautes faveurs.