Depuis un siècle, il n'a pas même été question d'un style nouveau; nul ne songe à cet irréalisable, et le pastiche composite est la règle sans exception. Je comprends que pour les églises, les hôtels de ville, on emploie encore l'architectonique archaïque, puisque ces monuments ont relativement la même destination que jadis; mais novus ædium et rerum nascitur ordo. Un nouvel ordre de choses nécessite de nouvelles formes architectoniques, ce semble. Les gares de chemin de fer devraient être construites avec quelque originalité. Point. Jusqu'aux théâtres, tout est copie composite; et que les Parisiens seraient moins fiers de leur salle du Grand-Opéra, s'ils connaissaient celle du théâtre Farnèse, à Parme!

J'ai consciencieusement considéré tous les châssis et je n'ai vu que des bâtisses qui sont de bonnes constructions, mais nullement belles et partant interdites à ma critique. Des mairies, des casernes, des lycées, des cercles, des abattoirs, des écoles laïques, ce sont des utilités et ce mot les juge.

Il y a bien une série de projets pour la reconstruction de la Sorbonne, mais la critique en serait plus grande qu'intéressante. Le théâtre de la Comédie-Parisienne, avec sa façade plate et la bigarrure de ses briques émaillées, ne peut pas passer pour un monument. M. Hans Mackart, le plus déplorable des peintres, après M. Bouguereau, est un architecte extravagant au delà du vraisemblable. Son Palais n'est qu'un décor de féerie pour l'Eden-Théâtre, mais même comme toile de fond cela ne serait que baroque, tellement le mauvais goût en est prétentieux; Mlle Prudhomme, qui a lavé beaucoup d'aquarelles et qui rêve d'épouser un prince, doit rêver de ce palais si bourgeois dans sa pompe sotte. En revanche, la Façade de l'Exposition d'Amsterdam fait le plus grand honneur à M. Motte. Cette décoration hindoue, modifiée suivant le climat hollandais, est le meilleur châssis du Salon, de beaucoup.

Après les ingénieurs, les décorateurs qui ne sont pas des ingénieux. Les Mâts de la place de la République ne porteront pas bien haut la gloire de M. Mayeux et ce n'est point la peine d'exposer cela.

Nombre de décorations exécutées à Paris, entre autres un Salon Louis XVI, chez M. de Rothschild. Le reste de l'exposition d'architecture n'est qu'une exposition d'aquarelles. Les Vieilles maisons de Laval, de M. Diet, et deux cents autres, Clérisseau, Hubert Robert et Panini.

Toutes les restaurations sont intéressantes, mais au point de vue archéologique, et je le répète, je n'ai à m'enquérir ici que de l'art vivant. Je mentionnerai toutefois, à cause de son importance, le Palais ducal d'Urbin, de M. Masqueray, qui est certainement le plus beau spécimen féodal du XVe siècle italien.

Restaurez, MM. les architectes, sauvez les monuments du passé pour faire pardonner de n'en savoir plus faire.


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