Oh! nous ne sommes pas ici à Hampton-Court et les deux seuls cartons exposés sont loin d'être admirables. La lutte pour la vie, de M. Villé, est d'un ingrisme plus qu'insuffisant, et la composition est si obtuse qu'on n'en découvrirait jamais le sujet: le livret consulté, on ne le découvre pas encore. L'Éducation de la Vierge, de M. Drouillard, est loin des images de piété de la Société de Dusseldorff; c'est mieux cependant que les tableaux religieux ordinaires. M. Froment, bien connu des lecteurs de l'Artiste, a ici le plus gracieux dessin, les Grâces enseignant. La Jeune fille rêveuse de Mlle Beaury Saurel, excellent fusain. M. Élie Laurent, dans ses Jeunes filles regardant des gravures, a trouvé des robes hésitantes entre le moyen âge et nos jours, d'un grand charme. L'étude de tête de femme empanachée, de Mlle Poitevin, a de la saveur, et M. Desportes a une tête de jeune fille d'un accent tout printanier; mais le meilleur portrait est celui de Maurice Rollinat, le poète des Névroses et bientôt de l'Abîme humain.

L'illustration de l'Enfer qu'expose M. Hillemacher est une œuvre importante; mais je ne conçois pas qu'une autre ligne que la ligne florentine puisse paraphraser le Dante, cet Homère catholique plus grand que l'autre.—Le trait caractérisé des Léonard, des Michel-Ange est mort à tout jamais, et en comparant par la pensée le moindre dessin du XVIe siècle, les études de Bandinelli que l'Artiste a publiées, par exemple, on sent que nous avons beau nous faire illusion, nous sommes horriblement inférieurs au moindre maître du XVe siècle. Toutefois les deux dessins de M. Laurens, le Tonsuré et Mérowig en prière, sont fort beaux, et bien supérieurs à ses tableaux; cette illustration sera vraiment hors ligne.


[MINIATURES]

Il y aurait un beau livre à faire sur cet art charmant qu'on ne regarde guère qu'avec des yeux d'archéologue. «Les miniatures, a dit M. Didron avec beaucoup de justesse, sont des vitraux sur parchemin, opaques et qui réfléchissent la lumière au lieu de la réfracter. Le procédé est le même pour l'enlumineur sur verre ou sur le parchemin; le feu de la moufle ou le feu du soleil séchera les hachures.» Lorsqu'on voudra faire l'histoire de l'art moderne, c'est là qu'il faudra la commencer, car on a des miniatures du Ve siècle, tandis que les verrières d'Angers, les plus anciennes, sont du XIe siècle. On a estimé à dix mille le nombre des manuscrits à miniatures de Paris et à un million les compositions qu'ils renferment et dont la variété est infinie, car il n'y a pas que des Heures et des Sacramentaires, mais aussi des historiens et jusqu'à des bestiaires et des volucraires. La pensée esthétique, jusqu'au XIVe siècle, est dans les manuscrits ainsi que la paraphrase de la symbolique compliquée des verrières; et ceci est à remarquer, toute miniature est unique. J'avoue que pour qui a vu le Bréviaire Grimani, il est difficile de considérer comme miniatures la Lola, type d'impure à la Gavarni, de Mme Herbelin, la femme au boa de Mme Clarisse Bernamont, les deux miss de Mme Mocquart, et la fillette au fichu de Mlle Caroline Grensy.

Au siècle dernier on a fait de jolies miniatures, mais intimes, pour être données d'amant à maîtresse. La miniature est essentiellement une peinture sentimentale et privée, qui n'intéresse que les amis du modèle quand il n'est ni très joli, ni très historique, et c'est largement le cas des miniatures du Salon. En outre le procédé de la miniature doit tendre à ne pas laisser trace des soies du pinceau, ce que Mesdames les miniaturistes violent outrageusement.


[AQUARELLES]