Cela marcha bien tout d'abord; j'avançais assez vite, très enthousiasmée, dissimulant adroitement, je ne sais plus par quels moyens, mon ignorance des premiers principes. Mais Rodolfo finit, cependant, par la deviner; alors tout se gâta, car il prétendit m'enseigner ces maudites quatre règles; à cela je ne voulus jamais consentir. Les séances se firent orageuses et, après les discussions et même les disputes violentes, j'envoyais livres et cahiers dans les jambes du professeur: il en fut fait des mathématiques....
Privée de cette étude, je sentis un grand vide dans mes journées, et bientôt j'entrepris autre chose.
Il y avait au second étage, au-dessus du cabinet de toilette qui séparait la chambre de ma mère de celle de mon père, une petite pièce entièrement remplie de vieux livres: une grande partie de la bibliothèque, léguée à Théophile Gautier par l'abbé de Montesquiou, s'entassait sur les rayons très larges qui s'enfonçaient sous les pentes de la petite chambre mansardée.
J'installai là une table étroite et une chaise, et cette cellule devint ma retraite favorite. Je me mis à fouiller dans le chaos des bouquins disparates, presque tous reliés en veau blanc ou en cuir fauve. On y trouvait de tout: histoire, romans, poésies, philosophie, livres de piété ou d'étude. Après avoir remué beaucoup de poussière, je découvris un traité de géométrie. La géométrie fut, pour le moment, la science élue. Aussitôt je me mis à l'œuvre, m'efforçant à comprendre, m'acharnant des heures entières sur un passage embrouillé, la tête dans mes mains, les sourcils froncés, cherchant à percer les obscurités d'un style souvent imparfait.
La fenêtre donnait sur la rue et, quelquefois, pour dissiper la migraine, je m'y penchais; les bras dans la gouttière, mes regards plongeant sur l'immense parc du docteur Pinel, je me laissais aller à de longues rêveries.
Mais je revenais au devoir: je traçais des lignes, des carrés, des triangles; j'eus l'ambition de mesurer la hauteur d'une tour....
Le problème de la quadrature du cercle m'arrêta net; il était bien évident que là où tout le monde avait échoué, j'allais réussir, et que c'était moi qui le résoudrais. Je perdis beaucoup de temps à cette recherche, puis, je l'abandonnai brusquement et, avec elle, la géométrie.
La géologie lui succéda et je lui trouvai beaucoup de charme; elle me semblait même trop séduisante: les faits qu'elle me révélait me paraissaient quelquefois invraisemblables, à tel point qu'arrivée au chapitre de la formation des cristaux, je ne pus croire à une loi aussi surprenante et refermai le livre, le soupçonnant d'être l'œuvre d'un mystificateur.
Nono, qui étudiait les langues orientales, voulut m'enseigner le persan: je n'apportai pas beaucoup d'ardeur à ce travail, mais dans les quelques vers, cités en exemple par la grammaire persane, je pris le goût de cette poésie et le désir d'en connaître davantage.
Je récitais sans cesse un distique que je n'ai jamais oublié: