Ils tournaient, à cet instant, le coin de la rue et Toto marchait devant.
Alors, en plein boulevard, lui appliquant au bas des reins un paternel coup de pied, moitié fâché, moitié riant, Théophile Gautier lui dit:
—Tu vois bien qu'il t'arrive quelque chose!...
[X]
De temps à autre, il nous venait des cousins d'Italie, neveux de ma mère, inconnus d'elle, autant que de nous. Quelque détresse, les chassait de leur pays et ils voulaient chercher fortune à Paris, en sollicitant l'appui de Théophile Gautier, qui les recevait très cordialement.
Le premier qui parut à Neuilly s'appelait Agostino Grisi. Il venait de faire son service militaire et portait encore l'uniforme de bersagliere. Son père, frère aîné de ma mère, était mort et le laissait sans ressources.
Il passa plusieurs mois chez nous, tandis qu'on tâchait de lui trouver une position sociale. C'était un garçon doux et nonchalant; il ne parlait pas le français, amicalement nous appelait «bagasses», et sifflait des airs tyroliens pour nous faire danser.
Carlotta lui procura une place dans une maison de commerce. Il partit pour Genève, puis, plus tard, pour l'Amérique, d'où il revint, plusieurs fois, florissant et très engraissé. Après un dernier voyage, on ne le revit pas et il ne donna plus de ses nouvelles....
Antonino Capece Minutolo, dei Duchi di San Valentino, était le fils d'une sœur aînée de ma mère, qui avait épousé un seigneur assez farouche, extrêmement jaloux, et qui dormait en gardant auprès de lui un revolver. Précepteur de François II, ce gentilhomme occupa longtemps une très haute situation à la cour de Naples, mais le trône l'entraîna dans sa chute, et, quand il mourut, son mince patrimoine s'émietta, entre la veuve et les douze enfants qu'il laissait.