Nous lui faisions observer que les Auvergnats eux-mêmes dormaient, et qu'il obtiendrait surtout des ronflements comme marques d'approbation.
—Je le paierai plus cher la nuit, et j'aurai tant d'esprit qu'il sera aussi éveillé qu'une potée de souris.
S'il aimait la causerie et même les anecdotes gaies, terminées par un trait d'esprit (il s'amusait souvent à en conter lui-même), Théophile Gautier détestait les potins, les indiscrétions et les bavardages calomnieux. Ainsi dit-il, un jour, à une jeune amie, Mlle X... (appelée familièrement Tata), comme elle se plaignait à lui d'avoir vu mal interpréter des propos innocents qu'elle avait tenus:
—Sachez, ô Tata! qu'il ne faut jamais dire quoi que ce soit, à qui que ce soit....
Sous l'influence d'un sentiment analogue, il improvisa ce distique à l'honneur du silence:
La parole est d'argent, mais le silence est d'or;
La parole est un don, le silence un trésor!
Avec la chère Regina Lhomme, sa conversation était élégiaque, poétique, entremêlée de compliments et de madrigaux, mais quelquefois aussi très sérieuse: car, malgré sa douceur et son charme, l'amie avait beaucoup de fermeté dans le caractère et de gravité dans l'esprit. Elle élevait ses enfants avec méthode et les tenait sous une discipline sévère. La musique surtout était cultivée très assidûment. Alphonse, le fils aîné, jouait du violon.—Nous n'avons pas connu Théophile, dont mon père avait été parrain, et qui mourut tout enfant.—Reine, aujourd'hui Mme Paul Hillemacher, étudiait le piano, et Henriette, sa sœur, le violoncelle, sans parler de l'harmonie, du contrepoint et du solfège. Toute la famille était de petite taille, et les fillettes paraissaient encore moins que leur âge: le violoncelle, bien réduit pourtant, avait l'air d'un mastodonte à côté de la mignonne Henriette, qui était forcée de monter sur un tabouret pour l'atteindre de son archet.
Ma sœur et moi, beaucoup moins avancées et surveillées dans nos études musicales, nous nous vengions de nos studieuses camarades, toujours occupées quand nous voulions nous divertir avec elles, en les traitant de «petits phénomènes», ce qui, je ne sais trop pourquoi, les terrifiait singulièrement.
Nous nous essayions cependant quelquefois à de la musique d'ensemble, avec Alphonse, quand sa mère l'amenait à Neuilly. Mais il faut avouer que, dans ces séances, où nous étions livrés à nous-mêmes, c'était le fou rire, le plus souvent, qui battait la mesure.
Tandis que les portes fermées étouffaient un peu notre charivari, Regina et Théophile Gautier causaient ensemble, longuement, et avec un très vif plaisir. Mais il y avait dans la maison de Neuilly un continuel va-et-vient. Des importuns, des visiteurs, rompaient le tête-à-tête des deux amis, et les empêchaient de dévider tranquillement le fil de leur conversation. Aussi mon père préférait-il encore aller voir Mme Lhomme chez elle, où l'on était sûr d'être moins dérangé. Témoin cette lettre qu'il lui écrivit un jour: