LXI

La classe de danse était située rue Richer, pas loin de chez nous. La salle, très vaste, avec son plancher un peu en pente, était au rez-de-chaussée, sur une cour intérieure. A trois des parois était fixée une barre de bois, pareille à une rampe d'escalier, à laquelle on se tenait pour les exercices. Le quatrième côté était occupé par les parents, assis sur des banquettes ou sur des chaises et formant public. Sous une glace, au milieu de ce mur, dans un espace libre, était le siège du professeur. Il s'appelait M. Siau et, comme le concierge s'appelait M. Baquet, ce facétieux hasard était la source de faciles et constantes plaisanteries.

M. Baquet était chargé du balayage et arrosait le parquet en faisant des huit, à l'aide d'un entonnoir.

Une centaine d'élèves, garçons et filles, bourdonnaient dans cette classe, emplie d'un joyeux tumulte, tant que le maître n'était pas arrivé. Dès qu'il paraissait, chétif et maigre, dans sa redingote noire, son violon à la main, le silence s'établissait, chacun courait à sa place, saisissant d'une main la barre de bois. On s'apercevait alors qu'il y avait plus de filles que de garçons.

M. Siau posait son violon sur sa chaise, accrochait son chapeau, frappait dans ses mains et les exercices commençaient.

—Un, deux ... un, deux!...

Toute une forêt de jambes inégales, se levaient et s'abaissaient, pas du tout en mesure, dans un complet désarroi. Le maître se fâchait, comptait plus fort, se précipitait sur un pied, dont la pointe se tournait en dedans, et, d'un mouvement brusque, la remettait en dehors.

Comme c'était drôle et comme il rageait, le pauvre professeur! Il tapait du pied, crispait les poings, en mâchonnant des imprécations, s'ébouriffait les cheveux, levait les bras vers le plafond, jusqu'à ce qu'il eût obtenu, enfin, de voir toutes les jambes se lever à la fois et retomber ensemble. Alors on changeait de main, et, tournant le dos aux fenêtres, on recommençait les mêmes battements avec l'autre jambe.

On se reposait un moment, puis la seconde partie du travail commençait. Rangés en lignes, en travers de la salle, les plus petits par devant, on attendait le signal.

M. Siau s'était assis et avait saisi son violon. Il méditait profondément, composait le pas, qu'il allait nous donner à étudier. L'instant était solennel....