Tout à coup l'archet grinçait, le violon égrenait une mélodie sautillante, tandis que les pieds du maître s'agitaient frénétiquement: il dansait assis! Quand le pas était bien fixé, il l'énonçait. Les deux plus fortes de la classe, hors du rang, comme des chefs d'armée, se penchaient attentives et recueillaient les paroles:

—Quatre assemblés, deux ronds de jambes, trois jetés battus, une pirouette....

Elles répétaient le pas et, quand elles l'avaient bien compris, le branle commençait, la mélodie sonnait plus haut, accentuant les temps forts, et le maître, toujours assis, gigotait de plus belle.

Sauf quelques-unes, dans les premiers rangs, qui s'efforçaient de suivre, on se trémoussait au hasard et, dans les dernières lignes, on ne faisait que des farces.

Oh! oui, c'était amusant, la classe de danse! et nous ne nous faisions pas prier pour y courir. Marianne, orgueilleuse de notre tenue, passait son temps à repasser les petites jupes de mousseline et à faire des points de feston tout autour des chaussons, pour les renforcer. Elle se tenait très sérieuse sur sa chaise, avec les mamans, et oubliait sa broderie, dans la contemplation de toutes ces gambades.

Quand, après un dernier trille et une révérence générale au professeur, on se débandait, elle venait vite nous rejoindre dans la loge pour nous aider à nous rhabiller et nous empêcher de trop nous lier avec les camarades. Il y en avait, parmi les plus grandes, qui faisaient déjà partie du corps de ballet, à l'Opéra, ce qui les rendait particulièrement maniérées et vaniteuses. Mais, devant les nièces de l'illustre Carlotta, elles perdaient leur morgue et sollicitaient notre protection.

A la maison, on avait fait installer une barre dans l'antichambre, pour que nous puissions étudier, et nous y étions toujours pendues, à, faire toutes sortes de singeries.

Décidément, la danse nous passionnait, nous chassions de race, et ma mère parlait déjà de nous faire donner des leçons particulières.


LXII