C'est ainsi qu'elle est dans la vie réelle; mais lorsqu'il la voit au théâtre, dans l'éblouissement des lumières, incarnant les types rêvés, il prend la lyre pour la chanter:

«Comme elle vole, comme elle s'élève, comme elle plane! Qu'elle est à son aise en l'air! Lorsque de temps à autre, le bout de son pied vient effleurer la terre, on voit bien que c'est par pure complaisance, et pour ne pas trop désespérer ceux qui n'ont pas d'ailes. Elle est la danseuse aérienne que le poète voit descendre et monter l'escalier de cristal de la mélodie dans une vapeur de lumière sonore! Elle parvient sans vaciller jusqu'à la dernière marche de cette échelle de filigrane d'argent que le musicien lui dresse, comme pour mettre au défi sa légèreté, et le public émerveillé l'applaudit avec furie lorsqu'elle redescend.»

Et ailleurs, à propos du ballet de La Péri, composé par lui, qui avait été aussi un éclatant succès:

«Quelque charme que puissent offrir les péris orientales avec leurs pantalons rayés d'or, leurs corsets de pierreries, leurs ailes de perroquet, leurs mains peintes en rouge et leurs paupières teintes en noir, je doute qu'elles dansent aussi bien.... Le pas du songe a été pour elle un véritable triomphe; lorsqu'elle paraît dans cette auréole lumineuse avec son sourire d'enfant, son œil étonné et ravi, ses poses d'oiseau qui tâche de prendre terre et que ses ailes emportent malgré lui, des bravos unanimes éclatent dans tous les coins de la salle. Quelle danse merveilleuse! Je voudrais y voir les péris et les fées véritables! Comme elle rase le sol sans le toucher! On dirait une feuille de rose que la brise promène: et pourtant, quels nerfs d'acier dans cette frêle jambe, quelle force dans ce pied, petit à rendre jalouse la Sévillane la mieux chaussée; comme elle retombe sur le bout de ce mince orteil ainsi qu'une flèche sur sa pointe!... Il y a dans ce pas un certain saut qui sera bientôt aussi célèbre que le saut du Niagara. Le public l'attend avec une curiosité pleine de frémissement. Au moment où la vision va finir, la Péri se laisse tomber du haut d'un nuage, dans les bras de son amant; cet élan si périlleux forme un groupe plein de grâce et de charme....»

Mais la Péri, qui courait le monde, n'était pas au baptême de sa filleule. En sa qualité de fée, elle y assistait, sans doute, invisible....

La cérémonie eut lieu dans l'église Bonne Nouvelle, que la Commune a brûlée, avec les registres où était consigné ce fait mémorable. Dans la nef vide, nous formions un groupe brillant, devant le maître-autel. Comme nous étions très petites, ma sœur et moi, on nous avait mises debout sur des chaises, en nous recommandant de répondre: «oui» à tout ce que demanderait le prêtre. Je crus devoir ajouter une réflexion sur la qualité du sel, que l'on me mit sur la langue, et dont je voulais bien encore un peu.

Ni le grand-père ni les tantes n'assistaient à cette petite fête: l'une d'elles vint me chercher, le lendemain, et je m'en retournai à Montrouge, en emportant ma belle robe blanche, et en croquant, moi-même, les dragées de mon baptême.


XXXIII

La fée, la diva, qui irradiait dans un frémissement de paillettes et de lumière, la marraine, que je n'avais pas vue encore et qui devait me combler de dons merveilleux, s'avisa tout à coup de s'occuper de moi; et la façon dont elle manifesta sa sollicitude, ne fut pas du tout ce qu'on aurait pu imaginer.