Ko-Li-Tsin se traîna vers un grabat, s'y laissa tomber, exténué, et s'endormit soudain d'un sommeil lourd et douloureux.

Lorsqu'il rouvrit les yeux le soleil emplissait sa prison. Il promena autour de lui son regard appesanti. Il était dans une étroite chambre ronde, située sur la dernière plate-forme de la tour. Il n'y avait d'autres meubles que le lit et une petite table cagneuse. Mais en face du grabat s'ouvrait une terrasse semi-circulaire, et la porte qui y conduisait n'était pas verrouillée.

Ko-Li-Tsin était trop faible pour se lever. Il resta plusieurs jours sur sa couche, abattu et fiévreux.

—Ta-Kiang est sauvé, pensait-il; il sera empereur, et moi je vais mourir ici, sans gloire; la fille du gouverneur de Chen-Si ne me pleurera même pas.

Affaibli par la perte de son sang, triste pour la première fois de sa vie, le poëte se laissait aller à un engourdissement profond; il ne s'éveillait guère qu'une fois par jour: c'était quand le geôlier, vers la douzième heure, lui apportait une maigre pitance.

Cependant, après quinze jours de prostration complète, il sentit la vie revenir et l'appétit renaître. Au moyen de quelques liangs d'argent il obtint du geôlier une nourriture supportable et des remèdes pour ses blessures. Bientôt il vit les longs ongles de ses mains noircir et tomber un par un. Il ne souffrait plus; les plaies de ses reins étaient cicatrisées. Un jour, sentant sa poitrine avide d'air pur, il ouvrit la porte de sa cellule et mit le pied sur la terrasse. Un grand oiseau blanc, perché sur la balustrade de porcelaine, s'envola bruyamment.

—Tiens! dit Ko-Li-Tsin, les cigognes sont arrivées. Voici venir l'automne, la saison des vents furieux. Et il se remémora ces vers d'un poëte qu'il aimait:

Les sauterelles vertes poussent en même temps que le blé; ainsi, dans la belle saison, les jeunes gens boivent et folâtrent.

Mais ceux dont l'esprit s'élève deviennent bientôt tristes, car les nuages noirs se balancent à moitié chemin du ciel.

Les hirondelles noires s'en vont, les cigognes blanches arrivent; ainsi les cheveux blancs suivent les cheveux noirs.

Et c'est une règle unique sur toute la terre, comme il n'y a qu'une lune dans le ciel.

Puis il s'avança et regarda en bas.

—En effet, dit-il, je ne m'envolerai pas d'ici, c'est trop haut.