PEY-TSIN


Un voyageur traversait une grande plaine non loin du Fleuve Blanc, et c'était à l'heure où la lune s'allume mélancoliquement dans le crépuscule du soir, et il vit une grande lueur du côté de l'orient.

«Oh! oh! se dit-il, voici un pays étrange, un pays certainement plus étrange que tous les pays où j'ai voyagé jusqu'à ce jour; car, ici, c'est à l'orient que le soleil se couche.»

Et s'adressant à un homme qui harcelait d'un aiguillon de bambou un troupeau de buffles noirs: «Quel est donc ce pays, dit-il, où le soleil se couche du côté de l'orient?»

«—Sou-Tong-Po lui-même n'a jamais vu de pays où le soleil se couche du côté de l'orient, et ce que tu prends pour le coucher miraculeux d'un astre, c'est la splendeur de Pey-Tsin», dit le pâtre.


De coteau en coteau, de vallée en vallée, le voyage fut long. Le soleil se leva, se coucha, se leva. Point d'auberge sur la route; on mangeait à cheval, on dormait sur la dure. Impassible, Ta-Kiang conversait avec ses pensées; Yo-Men-Li, exténuée, montrait des sourires et cachait des larmes; Ko-Li-Tsin lui-même parlait peu. Ils atteignirent péniblement la plaine sablonneuse qui environne Pey-Tsin, plaine monotone et interminable, où l'œil ne rencontre rien pour se poser, et palpite, ébloui et las, comme un oiseau sur l'Océan. Enfin, tandis que le soir tombait pour la troisième fois depuis leur départ, ils aperçurent une gigantesque muraille qui fermait l'horizon, noire à sa base, éblouissante à son faîte. C'était le premier rempart de la Capitale du Nord. Haut, crénelé, ténébreux sur le ciel, il barrait la route aux flammes du soleil qui se couchait derrière la ville; mais les rayons triomphants débordaient le mur sombre, et de chaque créneau ruisselait un incendie.

Longé d'un fossé pareil à un fleuve, flanqué de lourdes tours carrées qui s'avancent jusqu'au milieu de l'eau, le rempart quadrangulaire qui cerne Pey-Tsin de sa fierté puissante projette de loin en loin un bastion en forme de demi-hexagone, dont chaque face se creuse d'une longue galerie voûtée et dont la plate-forme s'exhausse d'un pavillon de bois rouge où des soldats attentifs veillent perpétuellement sur deux terrasses superposées, derrière des canons en bronze vert, pareils à des dragons béants.

Les trois voyageurs, depuis longtemps épiés, à travers les balustrades à jour des terrasses, par les yeux perçants de la méfiance vigilante, choisirent pour entrer dans la ville la galerie centrale du bastion qui faisait face à leur arrivée. C'était celle qu'on nomme la Porte du Sud ou la Porte Sacrée.

—Arrêtez! cria une sentinelle.

Ils firent halte.

—Qui êtes-vous?