—Nous voici, dirent-elles. Où est le cœur endolori? nous le guérirons par de tendres chansons; où est le corps glacé par le froid? nous le réchaufferons sous nos lèvres tièdes.

Leurs paroles s'égrenaient de leurs bouches comme des perles tombent d'un collier.

—Il suffit de vous entendre pour oublier toute tristesse, répondit Ko-Li-Tsin, et de vous voir pour se sentir envahi d'une douce chaleur, comme devant un feu de sarment.

—Il faut trouver des vêtements pour mon ami et lui retirer ses habits mouillés, dit Lou d'un ton impératif.

Puis il sortit, et deux femmes le suivirent; mais la troisième s'approcha du poëte, l'enveloppant de son lent regard.

A peine comptait-elle seize ans; elle avait déjà conquis tous les secrets des caressantes attitudes, toutes les grâces et toutes les mollesses des mouvements veloutés. Petite, gracieuse, elle marchait en faisant onduler son corps, et en s'étirant doucement, comme lasse et ensommeillée. Ses yeux lourds, chargés de langueur, brillaient paresseusement entre ses grands cils; sa bouche mignonne se gonflait parfois d'une petite moue mutine qui s'affaissait bientôt dans un sourire; souvent elle balançait la tête avec lenteur, faisant trembler les fleurs et les pierreries posées dans ses cheveux; et nulle musique n'était plus douce que le si-so si-so de sa double robe de satin brodée de perles.

Elle déshabilla Ko-Li-Tsin avec mille minauderies tendres, et lui lit revêtir des robes parfumées et tièdes.

—Maintenant, viens, dit-elle, en le tirant par sa manche, viens te reposer sur ces coussins de soie rose gonflés de plumes d'orfraie. Je te chanterai une chanson bien rhythmée pour rendre le calme à ton esprit.

—Que parles-tu de me rendre le calme? dit Ko-Li-Tsin en riant. Chacun de tes mouvements me retourne le foie; quand tu me chanteras ta chanson il sortira certainement de ma poitrine.

—Tu ne veux pas que je chante? dit-elle, en faisant la moue. Alors je vais rejoindre le seigneur Lou.