—Oh! non! dit Ko-Li-Tsin, mon ami rit et fume avec tes compagnes; reste près de moi, et chante pour me réjouir.

Le poëte s'étendit sur les coussins, pendant que la jeune femme allait vers le mur pour y prendre son pi-pa. Elle feignit d'abord de ne pouvoir l'atteindre; mais, faisant un petit saut, elle le décrocha avec un soupir. Puis elle vint s'asseoir aux pieds de Ko-Li-Tsin, et commença de faire vibrer les cordes.

—Je vais te chanter les chi-pa-mo, dit-elle, qui sont les dix-huit trésors d'une jeune femme.

Ses yeux sont comme deux étangs bordés de bambous noirs; ses sourcils ressemblent à de jeunes épis de seigle.

Ai-yo, ai-yo! j'aime les yeux de la belle fille.

Son front ressemble à du jade couvert de gelée blanche; ses cheveux ont l'air de saules au printemps.

Ai-yo, ai-yo! j'aime le front et les cheveux de la belle fille.

Sa bouche est une pivoine rouge près d'éclore; ses joues sont des pivoines roses tout épanouies.

Ai-yo, ai-yo! j'aime la bouche et les joues de la belle fille.

Ses seins sont comme des fleurs voilées de neige, ses épaules comme les ailes fermées d'une cigogne.

Ai-yo, ai-yo! j'aime les seins et les épaules de la belle fille.

Ses pieds sont comme des nénuphars entr'ouverts sur l'eau et ses jambes comme deux pi-pas renversés.

Ai-yo, ai-yo! j'aime les pieds et les jambes de la belle fille.

Son ventre est comme un lac où donne la lune....

La jeune femme renversa sa tête sur les genoux de Ko-Li-Tsin et se prit à rire.

—Eh bien! dit-il en lui caressant les cheveux, tu ne continues pas?

—Non, dit-elle, secouant la tête, je ne veux pas.

Elle jeta par terre sa guitare et fit semblant de pleurer.

Le poëte l'attira dans ses bras et l'embrassa pour la consoler.

—Ai-yo, ai-yo! dit-il, j'aime la belle fille tout entière.