Le seigneur Lou reparut dans la chambre.
—Eh bien! noble poëte, t'es-tu assez reposé, et te plaît-il de venir boire et causer en ma compagnie?
—Je suis, dit Ko-Li-Tsin en se levant, plus frais et plus dispos que je ne l'ai jamais été. Bonsoir, douce sarcelle, ajouta-t-il en saluant la jeune femme; j'espère te revoir souvent.
Puis il monta avec Lou sur la terrasse pleine de buveurs et de fumeurs. Ils s'établirent en face l'un de l'autre.
—Que le Pou-Sah du souvenir vienne à mon aide! pensa Ko-Li-Tsin en regardant pour la première fois son ami bien en face. Il me semble que j'ai déjà rencontré ce bienfaisant seigneur qui tire les gens du lac, les fait somptueusement vêtir par de belles jeunes filles et leur offre des tasses de tiède vin de riz.
En ce moment aussi le seigneur Lou paraissait observer le faux Chen-Ton avec une sorte de curiosité inquiète.
—Ne m'accorderas-tu pas la confiance de me raconter ton histoire? demanda-t-il dès qu'un jeune garçon eut déposé devant eux un grand bol plein de vin et deux tasses.
—Eh quoi! ne l'ai-je point fait déjà? dit Ko-Li-Tsin, embarrassé.
—Non. Par suite de quelles circonstances étais-tu dans le lac?
—Voici. Je suis revenu d'un long voyage.