—J'avais oublié cette enfant maladroite. Qu'est-elle devenue?
—Je l'ignore. Elle est morte peut-être.
—Qu'importe! il ne faut pas s'inquiéter des fourmis qu'on écrase en marchant.
—Elle t'aimait, cette aimable créature, dit le poëte, attristé.
—Ne parle plus de cela, répliqua Ta-Kiang en fronçant le sourcil. Nous touchons au but. Pourquoi n'a-t-on pas encore attaqué la Ville Rouge?
Le Grand Bonze, qui se tenait immobile à l'entrée de la tente, s'avança et dit, après s'être prosterné:
—Frère Aîné du Ciel, tes guerriers étaient las. Vois d'ailleurs cette fusée devant la portière de ta tente: quand tu l'allumeras, les quatre parties de ton armée attaqueront en même temps les quatre portes de la Cité Sacrée. Mais il faut, avant le combat, rendre à Kouan-Te les honneurs convenables; tu as retardé jusqu'à ce jour la cérémonie qui lui est chère entre toutes; si tu l'omettais plus longtemps, le Pou-Sah des batailles pourrait se retirer de toi.
—Tu as bien parlé, dit Ta-Kiang, qu'on se hâte!
—As-tu choisi, Souverain Céleste, le guerrier à qui est réservé le suprême honneur? Plusieurs Chefs sont là; ils veulent supplier l'auguste maître de désigner l'un d'entre eux.
—Introduis-les, dit Ta-Kiang.