Cinq Chefs entrèrent et précipitèrent leurs fronts aux pieds de l'empereur.

—Seigneur Sublime! cria l'un, glorifie mon nom! Je n'ai jamais couché dans un lit ni bu dans une tasse, et mes deux sabres sont rivés à mes mains.

—Splendeur Éblouissante! dit un autre, choisis-moi. Le sang que ma lance a fait répandre à l'ennemi noierait toute une armée.

—Lumière Inextingible! dit le troisième, à quoi sert, si la clémence de ta justice ne me désigne pas, d'avoir déchiré du talon plus de ventres fumants qu'il n'y aura d'empereurs chers à Tié dans ta précieuse dynastie?

—Rayonnement de la Raison! dit le quatrième, j'ai pris cinq villes et ravagé dix villages, tuant les hommes, outrageant les jeunes filles; les malédictions des parents me suivent comme un essaim énorme d'oiseaux funèbres. Un jour j'ai envoyé une caisse pleine d'oreilles droites au gouverneur d'une province ennemie. Qui donc pourrait l'emporter sur moi, si ce n'est toi, ô maître?

Un seul n'avait pas parlé: c'était Gou-So-Gol. L'empereur l'aperçut et lui fit signe d'approcher.

—Vainqueur de Sian-Hoa, dit-il, tu es le plus digne; sois glorieux.

Tous les chefs alors sortirent de la tente, acclamant Gou-So-Gol et disant aux guerriers: «Voici le vainqueur choisi par le Frère Aîné du Ciel!» Et tous les guerriers devant lui frappaient du front la terre. Gou-So-Gol rayonnait. Parfois cependant, à un pli furtif de son front, on devinait qu'une pensée amère se mêlait à la joie de son triomphe.

Une heure plus tard, en face de la tente impériale, se dressait un autel de marbre rouge, sculpté et incrusté de pierreries, devant lequel on avait placé un large bassin d'or aux anses formées de dragons contournés, et derrière l'autel, sur un grand piédestal, apparaissait Kuan-Te, Pou-Sah des batailles, dont la posture menaçante, en des habits couleur de sang, brandit deux sabres teints de rouge, dont le dos est un buisson de flèches, et dont le visage effroyable, noir comme l'ébène, se hérisse de poils rouges.

Ta-Kiang songeait sur son trône. Toute l'armée était immobile et silencieuse. Une musique formidable se fit entendre; le gong ébranlait l'air de ses vibrations terribles; et, seulement quand sa voix puissante s'éteignait un peu, on entendait les sifflements des flûtes, les déchirements des trompettes et le bourdonnement des tambours.