—Malheureuse! quel est le misérable qui t'a frappée?
—Je suis arrivée dans tes bras en même temps que la flèche, murmura Yu-Tchin en s'efforçant de sourire. J'ai vu un homme à une fenêtre; il bandait son arc et te visait; j'ai couru alors plus rapide que son trait.
—C'est pour me sauver que tu as reçu cette funeste blessure? Oh! Yu-Tchin, la douleur écrase mon cœur; c'est pour moi que tu vas mourir!
—Eh bien! dit Yu-Tchin d'une voix éteinte, n'est-ce pas mon devoir? L'épouse ne doit-elle pas donner sa vie pour son époux?
—Merveilleuse créature! s'écria Ko-Li-Tsin en la couchant doucement sur ses genoux, pardonne-moi de ne pas t'avoir assez adorée, de n'avoir pas consacré tous mes instants à te faire heureuse et joyeuse.
—Pardon? dit Yu-Tchin les yeux demi-clos et souriant encore; qu'ai-je à te pardonner, maître glorieux? Ton cœur ne devait pas se pencher jusqu'à moi, et tu ne pouvais pas m'aimer comme je t'aimais!
—Maintenant, murmura Ko-Li-Tsin, je t'aime.
—Oh! dit-elle. Et son pâle visage refléta une joie immense.
Elle reprit d'une voix plus basse:
—J'ai été heureuse, va! bien heureuse! Vivre près de toi, te voir, t'entendre parler, quelle joie! Je priais chaque soir les Pou-Sahs de me laisser ainsi toujours. Et puis, tu ne sais pas, toi qui es grand, ce que donne de bonheur l'humble admiration. Oh! j'avais des éblouissements sans fin! Quand tu tournais les yeux vers moi ou quand tu me parlais avec tant de douceur, j'étais fière comme si le soleil eût lui pour moi seule. Je ne comprenais pas tes actions, mais je les devinais glorieuses et sublimes, et je te suivais extasiée. J'ai été heureuse! bien heureuse!