—Accepte, petite sœur. Vois le soleil, écoute les oiseaux; tu ne dois pas mourir encore.

—Vivrais-tu, frère? cria-t-elle en s'élançant vers le bourreau.

Le prince Ling poussa un grand cri, un flot de sang lui monta aux lèvres, et, mort peut-être, il se renversa sur les coussins; car la tête de Yo-Men-Li venait de tomber. Elle était là, si blême, aux grands yeux tristes, tournés du côté où les vieillards avaient emporté la tête de Ta-Kiang.

—Allons, bourreau, cria Ko-Li-Tsin, fais vite, je m'ennuie, étant seul.

Mais quelqu'un le tira par la manche, et le conduisit à son tour vers une chaise à porteurs.

—Viens, viens, tout près, dit une voix douce, car toi seul dois me voir.

Ko-Li-Tsin passa sa tête entre les rideaux de soie; il laissa échapper une exclamation de surprise joyeuse et son cœur bondit dans sa poitrine; car c'était la fille du gouverneur de Chen-Si qui, en face de lui, rougissait faiblement sous l'ombre tendre des draperies.

—Tsi-Tsi-Ka! s'écria-t-il le visage illuminé; toi, toi, ici! Tu viens me donner une joie suprême et rendre ma mort glorieuse?

—Ne parle pas de mourir! dit Tsi-Tsi-Ka en souriant; j'apporte la vie.

—Tu es ma vie en effet! dit le poëte. Depuis que je t'ai vue à travers le papier de ta fenêtre, je n'ai d'autre soleil que ta face; mon cœur n'a d'amour que pour toi; et je vais emporter ton seul souvenir au pays des nuages!