—Non! non! tu ne partiras pas, s'écria la jeune fille. L'empereur m'envoie vers toi. Je te dispense des rites, m'a-t-il dit, oublie les convenances, je veux que sa grâce lui soit annoncée par une bouche chérie, par la bouche de son épouse. Va donc vers ce jeune mandarin, vers ce Grand Cèdre de la Forêt des Mille Pinceaux, et dis-lui qu'il t'a gagnée et que te voilà.

—Est-ce possible! s'écria le poëte, tu es ma femme et je puis porter un tel bonheur? Vois, mes mains tremblent, mes yeux sont pleins de larmes, mon cœur m'étouffe. Il a dit cela? C'est moi qui suis ton époux! Oh! que je t'aime, Tsi-Tsi-Ka! ne m'oublie jamais, reste fidèle à ma mémoire, ô tendre veuve, et remercie le seigneur Lou de sa grande clémence!

—L'empereur? Viens le remercier avec moi; il t'attend, il te fait un des plus grands de l'Empire.

—Je ne puis aller vers lui, douce amie; mais mon épouse adorée parlera pour moi.

—Pourquoi ne peux-tu pas venir?

—Parce qu'il faut que je meure.

—Mourir! mourir! Pourquoi, puisque tu as ta grâce?

—Parce que mes amis sont partis. Je tarde beaucoup, il faudra que je me hâte pour les rejoindre.

—C'est donc ainsi que tu m'aimes! s'écria Tsi-Tsi-Ka.

—Oui! dit Ko-Li-Tsin, je t'aime assez pour ne pas vouloir te donner un époux lâche et déshonoré. Je meurs pour que tu sois une veuve glorieuse; mais je ne partirai pas sans écrire pour toi le poëme par lequel je t'ai conquise.