Ta-Kiang continuait de marcher, levant vers le ciel un front superbe.

—Frère, dit Ko-Li-Tsin encore stupide d'étonnement, tu auras raison de faire ce que tu te proposes. Pardonne-moi si j'ai ri tout à l'heure; je n'avais pas vu ton front.

—Adieu donc, dit Ta-Kiang.

Et il s'éloigna à grands pas.

Non loin de là, dans un pli à peu près insensible du terrain, reluisait un petit lac qui semblait d'acier bleu; étoile de nénuphars, encadré de bambous souples qui se penchaient gracieusement au moindre souffle, il disparaissait presque tout entier sous des entrelacements de minces lattes et sous des parasols de larges feuilles envahissantes, de sorte que le ciel y trouvait à peine une petite place pour se mirer.

Ses cheveux mêlés aux feuilles et ses petits pieds nus chaussés d'herbes humides, une jeune fille trempait dans l'eau des tiges de bambou qu'elle venait de cueillir et les rangeait ensuite dans une corbeille, tout en chantant un joli chant rapide.

C'était une enfant de quinze ans, toute charmante, un peu farouche; son tendre front avait la douceur du premier croissant de la lune, et sa bouche fleurissait plus délicieusement qu'une petite rose pleine de soleil; mais ses grands yeux noirs, sous leurs longs cils brillants, avaient cette expression hardie et sauvage qui étonne dans les yeux d'une hirondelle que l'on vient de prendre.

Son costume de paysanne ne manquait pas de quelque recherche. Sur un large pantalon couleur d'orange, elle portait une robe de lin violet ornée à profusion de mille broderies; et quelquefois, coquette, elle interrompait son travail pour aller cueillir une fleur rose ou bleue qu'elle piquait dans ses longues nattes en penchant son visage vers l'eau.

Tout à coup elle tressaillit; la tête renversée en arrière, elle prêtait l'oreille à un son lointain.

—Comme je reconnais vite le bruit de ses pas! dit-elle. Je vais aller au-devant de lui.