Le juge leva le bras, les bourreaux se tinrent immobiles.
—Celui-ci est invincible, dit-il. Remettez-lui ses vêtements, poussez-le dans un coin, et introduisez le mandarin Koueng-Tchou.
On remit ses vêtements à Ko-Li-Tsin insensible, puis on le poussa dans un coin obscur.
Tous les regards se tournèrent vers la porte où apparut le grand dignitaire. Il avait une corde au cou; un soldat le tirait violemment. Sa large face était d'une lividité terreuse; ses yeux obliques et bridés laissaient filtrer des éclairs de rage haineuse; sa bouche épaisse se crispait de dédain sous sa moustache noire et tombante. Il portait encore la magnifique robe jaune et le manteau de cérémonie. Il jeta un regard rapide sur le tabouret sanglant et sur le sol jonché de lambeaux de chair. Bien qu'il demeurât impassible en apparence, il sentait l'effroi faire pâlir son cœur.
—Tu déshonores le Dragon à Cinq Griffes qui ouvre sans méfiance ses ailes sur ta poitrine, dit le juge dès que le mandarin fut devant lui; tu souilles la couleur impériale et tu rends odieux le globule de rubis rose. Arrachez-lui ses insignes d'honneur, ajouta-t-il.
Deux gardes s'approchèrent de Koueng-Tchou et portèrent leurs mains sur l'agrafe de sa robe. Mais, avec un grincement de dents, le mandarin les saisit à la gorge, chacun d'une main, si violemment que ces hommes, la face soudainement empourprée, chancelèrent. Koueng-Tchou les lâcha alors en les poussant rudement. Les yeux sanglants, les bras étendus, ils tombèrent en arrière, et leurs crânes éclatèrent sur les dalles avec un bruit atroce.
Les gardes, poussant un cri d'horreur, se précipitèrent vers leurs compagnons expirants, et s'agenouillèrent près d'eux. Le juge était devenu blême sur son trône de laque.
—Monstre, cria-t-il, sacrilége, que le Ciel me pardonne d'avoir vu cela! L'empereur est outragé, et le Dragon Auguste devient complice d'un assassin. Garrottez cet homme. Arrachez-lui ses vêtements; il est impossible que la robe glorieuse reste plus longtemps sur le dos de ce meurtrier infâme.
Tous se ruèrent vers Koueng-Tchou, qui se débattit furieusement. Le manteau de satin jaune s'empourprait dans le noble sang de Ko-Li-Tsin. Enfin le mandarin, dépouillé de sa splendeur, apparut dans une robe de dessous, étroite, qui se tendait sur son ventre puissant.
—Faites-lui subir la torture, et qu'il dénonce ses complices, dit le juge. Aucun supplice ne sera assez dur pour lui.