Koueng-Tchou regarda avec mépris celui qui était son inférieur quelques instants auparavant.
—Tu n'auras pas la joie de me faire souffrir, dit-il, car je hais mes amis presque autant que je hais leurs ennemis. Pour échapper bientôt à votre odieuse compagnie, je les trahirai sans attendre la torture.
—Parle donc, lâche! s'écria le magistrat.
—Voici, dit Koueng-Tchou. Il s'est formé une société révolutionnaire dont le but est de renverser la dynastie des Tsings. Elle se nomme la secte du Lys Bleu. De puissants bonzes en sont les chefs; ils ont élu un empereur sous le nom de Ta-Kiang au règne aimé du ciel. Un laboureur! ajouta le mandarin d'une voix ironique. Celui qui a frappé Kang-Si ne porte pas son vrai costume; c'est une femme, une concubine de Ta-Kiang. Comment a-t-elle disparu de la Salle du Repas Auguste? Je l'ignore. Celui qui s'est fait prendre pour elle se dit poëte; il est tout dévoué au laboureur. Le cœur de la révolte est à Pey-Tsin et réside, sous le regard des Pou-Sahs, dans la Pagode de Kouan-Chi-In. Vous savez tout.
Le juge médita pendant quelques instants afin de graver dans sa mémoire les paroles du traître.
—Je vais rapporter ces aveux, dit-il, au Chef des mandarins guerriers; et il enverra dans la Pagode de Kouan-Chi-In un Pa-Tsong suivi de deux soldats. Vous, ajouta le juge, parlant aux gardes, enfermez dans un cachot l'homme qui n'a point parlé. Quant à Koueng-Tchou, qu'il subisse sans retard le supplice de la Mort Lente, selon la volonté miséricordieuse de l'empereur.
Koueng-Tchou fut emporté, et quelques gardes se penchèrent vers le coin où on avait poussé Ko-Li-Tsin. Ko-Li-Tsin n'était plus là.