Je suis inconnu dans cette ville, nul visiteur ne monte l'escalier de ma chambre, comment ce précieux sachet a-t-il été perdu sur cette marche?... Ne voudrais-je pas croire que quelqu'un l'a jeté là?... (il l'examine.) Un paysage est brodé sur l'étoffe. Voyons: je n'ai pas rêvé que les sarcelles sont l'emblème de l'amour conjugal? et voici bien deux sarcelles qui voguent côte à côte. Ah! quatre vers tracés en fil d'or sur la soie. Je puis les lire à la clarté de la lune, (il lit.)

De son nid, une tourterelle
Vit un ramier blanc qui volait,
Et rêva de lui nouer l'aile
Avec un ruban violet.

Cette fois, le doute n'est plus permis; c'est bien à moi que sont adressés ces vers et c'est une femme qui les a composés. Tâchons de les bien comprendre et d'en découvrir le sens caché. Elle se compare à une tourterelle qui voit passer un ramier blanc. Cela veut dire qu'elle n'ignore pas mon nom qui signifie le ramier blanc et qu'elle désire être ma compagne. Elle fait aussi allusion à ma situation dans cette ville où je ne fais que passer. C'est bien cela; elle voudrait m'empêcher de continuer mon chemin, et pour me retenir elle me donne ce sachet taillé dans un ruban violet.

Ce parfum me semble contenir tout l'arôme du printemps en fleur! Qu'il faut peu de chose pour troubler le cœur de l'homme! Me voici tout ému pour un bout de soie odorant.


SCÈNE IV

LE MÊME, SIAO-MAN

SIAO-MAN

Fan-Sou m'a perdue de vue, et je suis revenue malgré moi de ce côté. S'il en était temps encore, je voudrais reprendre ce gage, jeté si imprudemment sur le seuil d'un inconnu.

(Elle aperçoit Pé-Min-Tchon.)